Art urbain, Expos
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Le street Art s’invite au Musée de l’éventail…

Il y a quelques semaines Codex Urbanus m’avait fait une proposition qu’on ne peut refuser : venir voir en avant-première l’exposition « Street Fans » au Musée de l’éventail. Voilà comment j’ai découvert un endroit incroyable mercredi 6 mai.

A 17H30 j’arrive au 2 boulevard de Strasbourg (Paris 10e). Au premier abord on est un peu perplexe. Rien dans la rue n’indique l’existence d’un musée à cette adresse. Puis le regard est attiré par la petite affiche de l’expo « Street Fans ». Me voilà rassurée. je suis bien au bon endroit. Arrivée au 3ème étage de cet immeuble, je suis accueillie par une dame un peu surprise de me voir là. Je la rassure. Je suis attendue par un artiste. Deux autres personnes arrivées en même temps que moi en profitent pour entrer et faire la visite guidée…

Car Codex Urbanus fait vraiment les choses bien. Une vraie visite guidée de l’expo bien sur, mais aussi du lieu. Avec un cours sur les éventails, leur histoire et leur fabrication. Voici un résumé rapide mais très intéressant pour comprendre la démarche des artistes.

Une histoire de l’éventail

Né en Orient, l’éventail fut introduit en Europe par les navigateurs portugais. A l’origine il avait trois fonctions : attiser le feu, chasser les mouches et s’éventer. Il fut aussi un attribut masculin pour assurer son autorité et montrer sa puissance, mais la femme s’emparera de cet accessoire dès l’époque grecque et ne le lâchera plus. Elle l’utilisera comme élément de séduction et de coquetterie, il accompagnera sa toilette au fil du temps.

Le XVIIIème sera l’âge d’or de l’éventail, son usage se développera à la cour du Roi à Versailles , la révolution amorcera son déclin , il renaîtra sous Napoléon III, Paris comptait environ 70 éventaillistes jusqu‘à la guerre de 1914.

En 1960 , Hervé Hoguet reprend le dernier atelier d’éventail (une des plus prestigieuses maisons d’éventails du XIXe siècle, la maison Kees, créée en 1805) qui subsistait et ainsi Anne Hoguet débute sa carrière  professionnelle et reprend la tradition familiale. Elle travaille pour le monde du spectacle , la haute couture et restaure des éventails. En 1993 , le Musée de l’éventail sera créé au sein de l’atelier .

Le Musée de l’ éventail

Dans son cadre unique, il présente les techniques de fabrication de l’éventail, et des pièces de la collection viennent orner le salon d’exposition classé aux Monuments Historiques . Chaque année le musée accueille des artistes afin de donner un nouveau souffle à l’éventail d’où l’exposition “ Street Fan ” qui clôturera peut-être la belle aventure du Musée de l’éventail dont l’avenir est malheureusement menacé.

J’ai ainsi appris que l’éventail est adopté en France sous le règne de Louis XIV. Une corporation spécifique, celle des éventaillistes, créée en 1676, assure rapidement la domination des artisans français en Europe. Au cours du XVIIIe siècle, Paris devient ainsi la capitale de l’éventail. Et le quartier des éventaillistes était ce coin du 10 ème arrondissement (un de ces faubourgs tenus par les artisans, comme le Faubourg Saint-Antoine et les artisans du meuble). Le musée de l’Eventail et ses ateliers sont le dernier lieu en France où sont encore fabriqués (et rénovés) des éventails. Anne Hoguet perpétue la tradition et forme régulièrement des élèves afin de leur transmettre son savoir-faire ancestrale.

Nous sommes donc extrêmement surpris d’apprendre que ce lieu va fermer ses portes très prochainement si rien n’est fait pour le sauver. En effet, le musée est menacé d’expulsion au 1er septembre par son bailleur, qui n’est autre que la Mairie de Paris. Après la rue Dénoyez, voilà un autre lieu historique de la culture (notre culture) qui est voué à disparaître. Etrange paradoxe pour une mairie qui médiatise à grand renfort de communication son soutien à l’art… Il lui est, semble-t-il, bien difficile d’allier les actes à la parole !

Découverte d’un lieu incroyable

Tout en nous parlant, Codex Urbanus nous fait visiter l’atelier, nous montre les différentes pièces, les outils utilisés pour créer des éventails. Dans les vitrines nous apercevons des objets de toute beauté et d’une grande finesse. Enfin, nous arrivons dans la salle de l’exposition. Et là, on a forcément un temps d’arrêt devant la beauté du lieu classé aux Monuments historiques.

Cette salle fut créée en 1893 par les fabricants d’éventail Lepault & Deberghe. Conservée dans son état d’origine, elle est décorée dans le style Henri II, avec une cheminée monumentale et des meubles de rangement en noyer. Les murs sont tapissés de drap bleu brodé de fleurs de lys au fil d’or, au plafond à caissons sont suspendus trois lustres surmontés d’une couronne Les éventails qui y sont exposés vont du XVIIIe siècle à aujourd’hui, au côté des instruments, établis et matériaux utilisés pour fabriquer des éventails, comme l’écaille, la corne, l’ivoire, la nacre, l’os et le bois.

Un seul critère de « sélection » : travailler dans la rue

Passons maintenant à l’exposition en elle-même. Codex Urbanus, qui est à l’origine de ce projet, nous explique que cette idée lui est venue lors d’une visite au Musée d’Orsay lorsqu’il découvre des éventails peints au 18ème siècle. Il pense que les street artistes ou les graffeurs sont des artistes d’aujourd’hui qui s’inscrivent parfaitement dans la lignée des artistes qui ont peint d’incroyables paysages sur les éventails du 18ème. Il contacte alors quelques artistes pour leur proposer de participer à ce projet.

Mais son choix est très précis : il veut de « vrais » street artistes, c’est à dire les artistes de rue, au sens propre du terme. Le seul critère de « sélection » est donc de travailler dans la rue. 15 d’entre eux répondent présents : Astro, ShadeeK, Nosbé, Philippe Hérard, Nemi, Adey, Levalet, Kanos, Tétar, Mg La Bomba, Tarek, Solylaisse, Akiza, Bust et Bastek.

Un long travail de préparation commence alors, en collaboration avec Anne Hoguet. Les artistes choisissent tout d’abord le support sur lequel ils souhaitent travailler et la taille que fera l’éventail. Anne Hoquet leur fournit ensuite un « gabarit » sur lequel chacun réalise son oeuvre : dessin, peinture, bombe ou encore pochoir… Dernière étape, l’éventailliste assure le pliage des éventails… Pas si simple selon la technique utilisée (en particulier la bombe qui rend la surface du tissu épaisse et rigide).

Le pari de Codex Urbanus est parfaitement réussi. Les artistes nous livrent ici une trentaine d’oeuvre absolument incroyables qui n’ont rien à envier aux éventails exposés à leurs côtés ! Chaque artiste a su garder son style tout en l’accordant au support plein de finesse de l’éventail. Pour vous faire une petite idée, voici quelques images. Et ça n’est pas pour flatter mon hôte, mais ma préférence va à l’éventail qu’il a réalisé à l’encre de chine. La finesse du trait est magnifique. Bravo Codex !

Voici quelques photos prises au cours de la visite guidée. Mais il y en a bien plus ici : Street Fans au Musée de l’éventail

Une visite s’impose

Surtout, n’en restez pas là. Mes images ne sont qu’un pâle reflet de la réalité. Il faut absolument que vous alliez sur place, au Musée de l’éventail. Pour saluer le magnifique travail des artistes mais aussi pour découvrir un lieu magique et insoupçonné qui se cache dans le 10ème arrondissement. Et puis, il faudra en parler autour de vous. Beaucoup. Faire du bruit pour essayer, autant que possible, de sauver le musée de l’Eventail.

Attention ! Pour les visites il y a des horaires à respecter. Les lundi, mardi et mercredi de 14 heures à 18 heures. Et l’expo aura lieu du 11 mai au 29 juillet 2015.

Bien sur, tous les éventails sont disponibles à la vente (dans la limite des stocks disponibles) et il est possible d’en faire faire sur mesure avec l’Atelier Hoguet.

Un grand merci à Codex Urbanus pour m’avoir fait découvrir ce très bel endroit et pour la visite guidée qui donne un autre regard sur cette exposition.

Je vous laisse maintenant avec une belle découverte. Ecoutez… C’est Keziah Jones et c’est délicieux.

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

11 commentaires

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  2. Bravo pour ton article ! On apprend beaucoup de choses sur l’histoire de l’éventail moi qui suis un fan d’histoire, je me suis régalé à lire les nombreuses anecdotes citées.

    De plus, l’exposition a l’air d’être géniale avec tous ces éventails revisités par les nombreux artistes, on reste juste admiratif.

    Merci pour cette jolie découverte, chère Miss Acacia 🙂

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