Art urbain, Expos
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Le « Paris Chéri-e » de Kashink

Je le dis souvent ici mais c’est une réalité : j’ai beaucoup de chance ! Encore une fois (grâce à ce blog et donc à vous qui me lisez et m’encouragez) j’ai été invitée à l’avant-première d’une exposition. Et pas n’importe quelle expo ! Il s’agit de « Paris Chéri-e », une exposition imaginée par Kashink et installée au théâtre de l’Européen pendant seulement 2 jours, les 19 et 20 décembre 2015.

« Témoignage d’une ville mutante »

En résidence artistique au Maroc, elle rencontre Julien Hourdé, directeur du Théâtre de l’Européen et de l’Atelier Hourdé dont les locaux se trouvent dans le théâtre. Très vite ils se rejoignent sur un même intérêt pour  la diversité et un désir de partage, mais aussi sur leur amour passionné de Paris. Il va donc lui donner carte blanche pour créer une installation monumentale au coeur du théâtre mais également d’impliquer les élèves de l’atelier dans ce projet. Cet atelier forme aux métiers créatifs tels que l’animation, la scénographie ou encore le design.

Dans le même temps, elle est contacté par des acteurs locaux de son quartier qui lui propose de réaliser des fresques dans un complexe sportif voué à la destruction et d’en faire un film pour garder une trace de lieu qui a longtemps joué un rôle social très important dans le quartier.

Elle accepte avec grand plaisir ses deux projets et décide de les lier pour livrer un « témoignage humain poignant, sa vision intime d’un Paris populaire et attachant, confronté aux mutations urbaines ». A travers cette exposition elle nous livre son amour passionné pour sa ville.

J’ai grandi en banlieue mais j’habite à Paris depuis 1998, ça fait un bail. On a toujours envie de ce qu’on n’a pas, et plus je voyage plus j’ai envie de Paris.

J’aime ses rues, j’aime mon quartier, ma rue Saint Blaise dans le 20ème. Mon Paris sent la bonne boue de tous les pays, le musc, l’asphalte, la peinture, le feu, la pisse.

Ma ville est pleine de couleurs, de belles sapes, de gens simples, de gens qui gueulent, qui s’aiment, qui s’ignorent… Ça parle toutes les langues dans le métro, ça gueule dans les marchés, ça traîne dehors, ça court.

J’aime ce bordel et j’ai envie de partager ma vision.

Une exposition protéiforme et interactive

L’installation investit l’intérieur et l’extérieur du théâtre avec des oeuvres protéiformes et interactives : des costumes, des céramiques, des photos et vidéos, du food art, ainsi qu’une programmation sur scène avec performances et projection du premier court métrage de KASHINK. L’artiste propose également un livre sous forme de retrospective de son travail dans les rues parisiennes depuis 2001.

Le programme est riche :

  • accueil et parcours guidé par les étudiants de l’Ecole Hourdé
  • projection du film court « TEP » réalisé en collaboration avec Allan Sapotille et l’association Plus Loin
  • sessions d’improvisation théâtrale animées par Sékouba Doucouré
  • céramiques réalisées en collaboration avec Le Biscuit
  • dégustation de « Food Art » inspiré de son univers graphique
  • performance de clôture le dimanche 20 décembre au soir

Des céramiques en vitrine

La visite guidée (faite par l’artiste elle-même, jeune femme atypique avec ses très longs cheveux et sa fine moustache !! ) commence par le hall de l’Européen où sont installées des oeuvres en céramique réalisées en collaboration avec l’atelier Le Biscuit à Ivry-sur-Seine. On y retrouve les thèmes chers à Kashink : des portraits de John, des gâteaux en souvenir de son action pour soutenir l’égalité des droits dans le monde, des quartiers de Paris (comme la petite ceinture) ou encore des crottes sous cloche comme « Souvenir de Paris » (petite blague clin d’oeil). 

La salle des costumes

On entre ensuite dans une grande salle circulaire dans laquelle sont exposés des costumes portés par Kashink dans le court-métrage qu’elle a réalisé avec l’aide d’Allan Sapotille, jeune garçon de 19 ans seulement. Vêtue de ces différents costumes elle s’est promenée dans différents quartiers de Paris. Elle veut à travers ce projet montrer la diversité de Paris et défendre le « bien vivre ensemble ».

Au centre de la pièce se dresse une superbe robe qui a été réalisée dans un tissu qui a du être dans une première vie un rideau dans une mairie car on peut y voir différents symboles de la République (comme le coq). Tout autour sont suspendus d’autres costumes : une étudiante résistante des années 40 ; une concierge, tout un symbole dans la vie d’un immeuble parisien et Kashink lui rend hommage à travers ce costume ; un costume est à l’image de l’artiste aux origines multiples : un châle que porte les femmes slovaques, une djellaba pour un rappel à l’Andalousie et à son mélange de culture, un petit pompon berbère que lui ont offert ses parents en souvenir de la première année de sa vie qu’elle a passé en Algérie et un petit chapeau pour un clin d’oeil au côté parisienne chic.

De nombreuses photos de Kashink vêtue de ces très beaux costumes ornent les murs, ainsi qu’un très beau portrait de Sékouba Doucouré qui anime les séances d’impro le dimanche après-midi. On peut également s’asseoir pour regarder le court-métrage réalisé avec Allan.

Un film sur le « bien vivre ensemble »

La visite se poursuit à l’étage.

Dispersées un peu partout, on trouve des toiles qu’elle a peintes dans différents endroits de Paris, à l’extérieur (dans des lieux symboliques comme le Trocadéro ou la petite ceinture) et à l’intérieur. Elle aime l’idée de soumettre la toile de l’intérieur à l’érosion du temps extérieur. Idée de mettre le « dedans » dehors.
Elle a emmené toutes ces toiles à Miami pour une grande expo. Cette expérience a été un moment très intense.

Nous nous installons dans la salle de spectacle de l’Européen pour assister à la projection du court-métrage « TEP » réalisé par Kashink en collaboration avec Allan Sapotille et l’association Plus Loin. Il nous raconte l’histoire très émouvante d’un lieu riche en  tranches de vie qui a vu grandir les gamins du quartier. Kashink y a réalisé des fresques avant qu’il soit détruit et en a fait un film pour garder la mémoire du lieu.

Ce « Terrain d’Education Physique » situé boulevard Davout permet aux jeunes de se retrouver pour faire du roller ou du skate. Il va être détruit dans les mois qui viennent pour être remplacé par une piscine au sein d’un « complexe sportif » qui proposera de nombreuses activités.

Kashink ne veut pas que le street art devienne une décoration urbaine. Elle veut qu’il questionne. Pour elle, cet art a énorme potentiel de message et il faut donc l’utiliser à bon escient. Elle se considère comme une activiste qui sème des graines avec le sourire et veut défendre la différence et le multiculturalisme.

Le salon de Kashink

Nous quittons la salle de cinéma pour entrer dans le salon de Kashink.

Au mur sont accrochés de petits tableaux « déclarations d’amour ». Pour les réaliser, l’artiste a demandé à des gens qu’elle « petit nom » affectueux ils donnent à leur amoureux(se). Ainsi on retrouve différents surnoms tels que ma douceur, mon chaton, ma belle ou encore mon poulet… Elle rend ainsi hommage à l’Amour tout en faisant une déclaration d’amour à Paris.

Une « bibliothèque » a ses rayonnages rempli des bombes de peinture utilisées par Kashink lors de ses « safaris » vandales dans Paris. Elles sont disposées de telle manière qu’un très beau coeur se dessine au centre.

Il y a bien sur le sapin de Noël qui apporte toute la chaleur de cette période de fête.

On peut, là aussi, regarder une courte vidéo réalisée par Marion, une amie de l’artiste. Le 8 novembre 2015, Kashink a réalisé un safari vandale dans Paris. Elle a peint 21 œuvres dans 6 arrondissements de Paris. Son amie l’a suivie et filmée. Tourné une semaine avant les attentats du 13 novembre, ce petit film prend encore plus de sens.

En sortant de la pièce, on peut voir une maquette de l’école Hourdé. Elle veut ainsi rendre hommage à cette école qui lui a apporté un énorme soutien pour monter cette exposition.

Séance photo dans un décor de Kashink

La dernière pièce est en deux parties. D’un côté se dresse un immense mur recouvert de tissus. Le travail qu’elle a réalisé ici joue sur les couleurs et les motifs. Ils sont un mélange d’influences et de souvenirs. Ce patchwork représente les différents quartiers de Paris dans toutes leurs diversités.

A côté sont exposées des photos qu’elle a prises de ses oeuvres dans la rue. Elle ne choisit pas un endroit par hasard pour coller ou bomber. Elle choisit un « spot » qu’il soit en adéquation avec son oeuvre. Il suffit d’une couleur, d’un lieu, d’un détail sur le mur.

L’artiste a souhaité que cette dernière salle de l’expo soit interactive. Elle donc peint les murs à l’image de la petite ceinture (un de ses endroits préférés dans Paris) où la végétation a repris ses droits. Deux petits fauteuils en bois sont posés devant. On peut s’y installer et poser devant l’appareil pour repartir avec un souvenir de cette belle promenade dans le Paris de Kashink. Bien sur, j’ai cédé à la tentation… En attendant ma photo, j’ai papoté quelques minutes avec les étudiants de l’école Hourdé. Ils ne tarissent pas d’éloges envers leur école où ils vivent une expérience incroyable de créativité et de collaboration.

Petite pause gourmande avec la section « food art »

Pour terminer cette visite, Kashink se plie (avec grand plaisir) au rituel des questions. On apprend ainsi pour son personnage s’appelle John. Elle aime la sonorité du prénom qui peut s’netendre comme le mot « gens ». Son personnage n’est plus alors un John particulier mais un parmi des gens. On retrouve l’idée de la multiculturalité.

Elle nous a également donné l’explication des deux paires d’yeux… Au départ, son personnage avait bien deux yeux seulement. Un jour elle s’est fait vandaliser sa pièce par une personne qui voulait parler de la dictature en Birmanie. Pour cela elle avait juste la bouche, les oreilles et les yeux Kashink a bien sur été touchée par ce message et a compris l’action. Mais elle a aussi été agacée qu’on s’en prenne à son personnage. Puisqu’on avait enlevé les yeux de son « John » elle allait en rajouter. Ainsi , depuis, il n’a plus 2 mais 4 yeux. Elle joue avec ses deux regards. Quand on cache une paire d’yeux on a un type de regard et quand on cache les autres, ils expriment un autre sentiment (pas sure d’être hyper claire là ?… Bon Ok faites l’expérience pour comprendre).

Elle profite de ce moment pour nous dire quelques mots d’un autre projet conduit en parallèle : le Mur Rosa Parks dans le 19e arrondissement de Paris. Et nous encourage à aller y faire un tour. Ce que j’ai fait dès que j’ai quitté l’Européen. Je vous raconte ça ici : Rosa Parks : un Mur pour le « Vivre ensemble ».

La visite est terminée. Nous redescendons pour découvrir la section « food art » avec de délicieuses crêpes décorées avec des « Paris chéri-e ».

Souvenirs en images

Comme d’habitude, je ne mets ici qu’un (très) bref aperçu de l’expo. Pour tout voir il faut aller visiter ma galerie ici : Le « Paris Chéri-e » de Kashink

Cette visite a été un très grand plaisir. J’en ai pris plein les yeux et j’ai été enchantée de faire la connaissance de Kashink. Cette jeune femme a une imagination folle et défend avec passion son amour de la diversité et sa conviction qu’il est possible de « bien vivre ensemble ».

Je suis repartie avec une photo souvenir mais également un cadeau de l’artiste. En effet, nous avons eu droit à un très joli sac Paris Chéri-e avec une affiche (qu’elle m’a dédicacée) et un pin’s. Un Noël avant l’heure !

En plus, j’ai eu l’occasion de rencontrer « en vrai » Clément Charleux. Jusque là nos « relations » étaient tout ce qu’il y a de plus virtuelles entre amoureux du streetart. Il est également photographe et écrivain. Je vous invite à découvrir son blog http://clementcharleux.com/ Ravie de cette rencontre !

Maintenant un peu de musique. Une chanson un peu ancienne mais qui dit aussi que l’on peut vivre ensemble…

Cette entrée a été publiée dans : Art urbain, Expos
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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

5 commentaires

  1. Pingback: Rosa Parks : un mur pour le « vivre ensemble  | Les billets de Miss Acacia «

  2. Bel article. Effectivement un projet magnifique. J’y suis retourné aujourd’hui pour voir l’impro. Un régal. Ravi également d’avoir pu te rencontrer. A une prochaine 😉

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