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Pissarro à Eragny, la nature retrouvée au Musée du Luxembourg

Couv Pissarro

Du 16 mars au 9 juillet 2017, le Musée du Luxembourg propose une grande rétrospective des oeuvres de Camille Pissaro. Une première depuis 35 ans en France, cette exposition nous fait découvrir les dernières années de la vie de Camille Pissarro (1884-1903), celles où il vécut à Eragny. 

Camille Pissarro, « père » de l’impressionnisme

Camille Pissarro voit le jour dans l’Ile de Saint-Thomas le 10 juillet 1830 d’un père (Abraham) juif français d’origine portugaise émigré dans cette colonie danoise des Antilles, commerçant en quincaillerie, et d’une mère créole des Antilles danoises du nom de Rachel Manzano-Pomie. Ses parents possédaient aux Antilles une entreprise florissante de quincaillerie.

En 1842, à douze ans, Camille part étudier en France, à la pension Savary dont le directeur l’encourage à cultiver ses dons pour le dessin. En 1847, il retourne dans son île natale où son père l’initie au négoce. Il restera cinq ans à travailler dans le commerce familial. Mais en 1852, il s’enfuit à Caracas avec son ami Fritz Melbye, un artiste danois. Il y demeure jusqu’en 1854 à peindre et dessiner, puis rentre à Saint-Thomas pendant un an dans l’entreprise familiale. C’est seulement en 1855 que Camille Pissarro renonce définitivement au commerce et « débarque » à Paris pour y étudier la peinture.

À Paris, il rencontre Jean-Baptiste Corot, avec qui il étudie, découvre Eugène Delacroix, Gustave Courbet, Jean-Auguste-Dominique Ingres et Charles-François Daubigny. Il fréquente quelques ateliers de l’École des beaux-arts de Paris. Il travaille alors dans l’atelier d’Anton Melbye. Entre 1859 et 1861, il fréquente diverses académies, dont celle du père Suisse, où il fait la connaissance de Claude Monet, Ludovic Piette, Armand Guillaumin et Paul Cézanne. Ses toiles étant refusées au Salon officiel, il doit se contenter de participer au Salon des refusés de 1863. Exposant aux Salons de 1864 et 1865, il s’y présente comme l’« élève d’Anton Melbye et de Corot ».

En 1860, il se met en ménage avec Julie Velay. Ils auront huit enfants, cinq d’entre eux, six de ses petits enfants et un de ses arrière-petits-enfants seront peintres. Lucien Pissarro, son fils aîné demeure le plus connu. Le père de Camille, scandalisé par cette mésalliance, lui coupe les vivres.

Camille Pissarro vit à Pontoise de 1866 à 1869 de manière épisodique, et y compose un grand nombre de peintures, dessins et gravures. À cette époque, il a trente-six ans et affirme la maturité de son art. Il s’est brouillé avec Corot et ne se présente plus comme son élève. Sa situation financière est difficile et il doit peindre des enseignes pour faire vivre sa famille.

En 1869, il s’installe avec sa compagne et leur première fille à Louveciennes. Mais il doit fuir avec sa famille et abandonner son atelier devant l’avance des troupes prussiennes, à l’automne 1870 lors de la guerre avec les Prussiens. Il s’exile alors à Londres, où il retrouve Daubigny et Monet et fait la connaissance du marchand Paul Durand-Ruel. De retour en France au printemps 1871, il découvre que son atelier a été pillé et qu’il ne lui reste plus qu’une quarantaine de toiles sur près de mille cinq cents. C’est à Louveciennes, et à Londres en partie, qu’il acquiert et perfectionne son style impressionniste. Il déménage à Pontoise en 1872 et y reste dix ans. En 1882, installé à Osny, il se met à peindre des scènes de rue, avec des personnages, une nouvelle gamme de couleurs et des touches de plus en plus petites.

En 1884, grâce à un prêt de Claude Monet, il peut acquérir une maison à Eragny-sur-Epte. Il y construit son atelier au milieu du jardin pour avoir des modèles sous les yeux notamment les pommiers et le châtaignier. C’est là qu’il finira sa vie. Il meurt le 13 novembre 1903.

Pissarro l’anarchiste

Marqué par les combats qu’il a dû mener en tant qu’artiste, Pissarro est un fervent partisan de la cause anarchiste tout au long de sa carrière. Dans les années 1880, il se lie avec Paul Signac et Georges Seurat. Avec eux, il découvre les idées anarchistes comme bon nombre de néo-impressionnistes et fait la connaissance d’Émile Pouget, de Louise Michel et de Jean Grave. Il leur apporte un soutien financier, ainsi qu’aux familles d’anarchistes emprisonnés ou en exil. Il se lie d’amitié avec de nombreuses personnalités telles qu’Elisée Reclus et Octave Mirbeau, grâce à qui il découvre la littérature anarchiste. Après l’assassinat de Sadi Carnot par Caserio en juin 1894, il est recherché par la police comme d’autres anarchistes non-violents. Il se réfugie en Belgique. De retour en France, il contribue au journal « Les Temps nouveaux » et s’engage contre l’antisémitisme lors de l’affaire Dreyfus.

Pissarro est plus un anarchiste d’idée que d’action. Même s’il participe, en 1899, au Club de l’art social aux côtés d’Auguste Rodin, il est un partisan de l’art pour l’art. Il n’est pas favorable à l’art à tendance sociale et ne pense pas qu’il soit nécessaire d’être paysan pour rendre dans un tableau la poésie des champs. Il veut faire partager à ses semblables les émotions les plus vives. Pissarro est un optimiste qui voit un avenir anarchiste proche où les gens, débarrassés des idées religieuses et capitalistes, pourront apprécier son art.

[Pissarro] pense fermement que le peintre « est dans l’humanité » au même titre que le poète, l’agriculteur, le médecin, le forgeron, le chimiste, l’ouvrier qui perce, qui rabote, qui tourne le cuivre et trempe l’acier.

Octave Mirbeau, L’Art dans les deux mondes, 10 janvier 1891

En 1889, Pissarro entreprend un projet audacieux : la réalisation d’un album de vingt-huit illustrations anarchistes réalisées à la plume, intitulé « Turpitudes sociales », qu’il fait circuler au sein de sa famille. Le 29 décembre de cette même année, l’artiste envoie l’album à ses nièces Esther et Alice Isaacson, à Londres, accompagné d’une longue lettre dans laquelle il souhaite sensibiliser leurs jeunes esprits à la misère et à l’oppression urbaine. Peu de temps après, Lucien et Georges, les fils de l’artiste, influencés par les images de l’album, commencent à proposer leurs propres illustrations à des journaux anarchistes. Année après année, Pissarro s’attache un peu plus encore, conformément à ces Idées, à dépeindre les difficultés de la vie rurale.

Pissarro à Eragny, la nature retrouvée

Lorsqu’il arrive à Éragny au début du printemps 1854, Pissarro s’éprend profondément des paysages qui l’entourent. Pour un artiste en quête perpétuelle d’idées et de nouvelles manières d’aborder la peinture en plein air, les innombrables panoramas que lui offre Éragny sont un trésor précieux.

Peu après son arrivée, sa technique impressionniste connaît une évolution sans précédent. Les tableaux de cette période témoignent toujours d’une recherche sur les effets de lumière liés aux changements de temps. Cependant, ils sont marqués par un travail sur le contraste des couleurs complémentaires, annonçant le style néo-impressionniste que le peintre adoptera par la suite. L’année 1886 est marquée par la dissolution du groupe impressionniste. Pissarro et son fils aîné, Lucien, se rapprochent alors d’une nouvelle génération de peintres dont Seurat est le chef de file.

M. Pissarro n’a rien abandonné de ses convictions de jadis. […] L’on pourrait dire de lui qu’il peint avec de la lumière. Tout ses tableaux témoignent également du sentiment qu’il a de la couleur et du véritable aspect des choses.

Gustave Geoffroy, Le Matin, 6 mars 1894

Une fois de plus, j’ai été invitée à l’inauguration d’une exposition au Musée du Luxembourg. Et une fois encore je remercie O. de me permettre de découvrir chaque nouvelle exposition en avant-première. Tout comme pour Diego Velazquez ou Amadeo de Souza-Cardoso, j’y suis allée par curiosité car c’est un peintre que je connais un peu comme ça, en passant mais sans avoir jamais approfondi.

Et, encore une fois, je suis ressortie du Musée enchantée (dans tous les sens du terme) par la beauté des oeuvres que je venais de voir. J’ai réellement « découvert » un artiste incroyable qui a su faire entrer la lumière dans ses tableaux. Ces dernières années de vie ont été consacrées à l’observation puis à la représentation de la nature et du monde paysan. Il a une façon inégalable de rendre sur la toile la beauté d’un coucher de soleil, d’une gelée matinale ou des travaux des champs.

Quelques images pour le plaisir

Je vous offre ici et là Pissarro à Eragny, la nature retrouvée quelques photos prises pendant ma visite mais sans grande conviction. En effet, impossible de rendre la lumière qui jaillit des tableaux et la beauté des paysages peints par petites touches de pinceaux. Alors vraiment, si vous le pouvez, prenez le temps de venir au Musée du Luxembourg.

Musée du Luxembourg
16 mars – 9 juillet 2017
Ouverture tous les jours de 10h30 à 19h
Nocturne les vendredis jusqu’à 22h

Allez savoir pourquoi, pour la conclusion musicale, les tableaux de Pissarro m’ont emmenée var le film Into the wild et sa BO… Ah les méandres de la pensée !

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

3 commentaires

    • Tout à fait d’accord avec vous. Les oeuvres de Pissarro sont une merveille pour nos yeux. Cette expo a même un goût de trop peu tant on voudrait en profiter encore !

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  1. Pingback: Gauguin l’explorateur à l’honneur au Grand Palais | Les billets de Miss Acacia

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