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« Rêve d’humanité » et de tolérance avec Reza

Depuis le 24 juillet et jusqu’au 12 octobre 2015, des photos grands formats recouvrent les murs des quais de Seine (en face du Musée d’Orsay, entre la passerelle Sédar-Senghor et le Pont Royal), créant ainsi une  immense fresque de 370 mètres afin de rendre hommage « à notre famille humaine ».

Une exposition soutenue par HIPA (Hamdan bin Mohammed bin Rashid Al Maktoum International Photography Award) from Dubai in the United Arab Emirates, en partenariat avec l’UNHCR, la Mairie de Paris, ARTE, Paris Match.

Rendre aux réfugiés un visage humain

Au début de la balade sur les quais, on peut admirer les photos prises des enfants réfugiés dans le camp de Kawergosk, au Nord du Kurdistan Irakien, dans le cadre du projet « Exile Voices » mené par Reza depuis 18 mois. En décembre 2013, le photographe a confié des appareils photos à vingt enfants âgés de 12 à 17 ans. Leur mission : documenter leur vie quotidienne dans ce camp de réfugiés kurdes irakiens et syriens. Leurs regards sur le monde qui les entoure est loin de ce que nous aurions pu imaginer.

Ici pas de sensationnalisme à la façon des médias qui cherchent seulement à nous montrer des images chocs. Les enfants témoignent simplement de leur quotidien à travers des objets (tels qu’une poupée ou un miroir abandonné) ou des scènes de vie (magnifique photo des deux petits garçons qui jouent dans un baquet). Pas de misérabilisme mais au contraire le signe que la vie a repris après la violence de la guerre, avec ses joies et ses tristesses. C’est exactement ce que voulait Reza avec ce projet. Ne pas apitoyer mais rendre aux réfugiés un visage humain auquel tout le monde peut s’identifier.

Les ateliers photo de Reza

Reza a déjà donné des cours à des réfugiés palestiniens, afghans ou rwandais, mais également dans les banlieues italiennes ou françaises. Il projette de monter des ateliers dans 50 camps de réfugiés au cours des cinq prochaines années. Etant lui-même un exilé, qui n’a pas remis les pieds dans son pays natal, l’Iran, depuis 1981, contribuer à l’éducation des enfants de réfugiés est une priorité absolue.

« Quand je commence un atelier, j’ai coutume de dire à mes élèves que je ne suis pas là pour leur enseigner la photographie mais que je viens leur transmettre un outil qui leur permettra de dire au monde, dans un langage universel, leur envies, leur rêves, leur vie », confie Reza.

A la suite de ces photos, viennent les portraits de réfugiés du monde entier réalisés par Reza au cours des 30 dernières années au gré de ses reportages. L’Humanité est là, sous nos yeux, bouleversante et magnifique dans sa diversité.

Reza partage également l’affiche avec Ali Bin Thalith de la fondation HIPA (Hamdan bin Mohammed bin Rashid Al Maktoum International Photography Award) et photographe professionnel, qui a réalisé des portraits d’enfants syriens d’un camp de réfugiés du nord de la Jordanie dans le cadre du projet « Faces ». En novembre 2013, Ali Bin Thalith a mené une délégation d’HIPA dans le Nord de la Jordanie, afin de former des jeunes réfugiés syriens à la photographie d’un camp.

Rendre hommage à l’UNHCR

Ses photos accompagnent les sept « mots-clés » de cette exposition. En effet, Reza a voulu, avec ce « Rêve d’humanité », rendre hommage à l’UNHCR (agence des Nations Unies pour les réfugiés) mais aussi nous « inviter à une réflexion autour de sept messages, clés de voûte de nos valeurs humaines » : hospitalité, amitié, dignité, solidarité, respect, paix et espoir.

« Ces valeurs universelles lient les humains entre eux, explique Reza. Grâce à elles, nous prenons conscience d’appartenir à une même famille. Et que certains membres de cette famille souffrent. » C’est son « Rêve d’humanité ».

12 stagiaires de l’UNHCR se relaient pour accueillir gratuitement les visiteurs, entre 10 h 00 et 18 h 00 en semaine. Ils partagent les informations et anecdotes du photographe. Mais ils communiquent aussi sur le rôle du HCR, une demande explicite de Reza lui-même. Nous avons eu la chance d’en croiser un lors de notre visite. Un jeune homme adorable pour a raconté l’histoire de cette exposition, des photos et des photographes. J’ai très envie de revenir sur deux de ces photos car l’histoire de chacune est belle à sa façon.

Cette photo a été prise par Maya Rostam, l’une des enfants du camp. Ce jour-là il faisait très chaud dans le camp. Près de 50°. Pour rafraîchir un peu les enfants, un adulte a eu l’idée de remplir ce baquet d’eau pour en faire une minuscule piscine. On devine ici la joie des enfants !

Encore une photo de Maya Rostam. Pour celle-ci l’histoire est un peu plus longue. Et bouleversante.

L’histoire de Maya Rostam

Au départ, Maya ne fait pas partie du groupe d’enfants sélectionnés parmi les plus motivés par les ONG. Pendant 2 jours, elle attend sans bouger, malgré le froid rude de l’hiver, tendant l’oreille aux conseils du photographe à travers la toile de la tente où l’atelier est organisé.
Quand Reza vient enfin lui demander ce qu’elle attend, elle commence par lui dire le fracas des bombardements chez elle, en Syrie ; puis elle évoque la route de l’exil, la fatigue du périple, le soleil brûlant sur sa peau et enfin sa vie dans ce camp amené à être, pour quelques mois, quelques années, sa maison. « Je veux apprendre la photographie pour pouvoir raconter à tout le monde ce que je ressens et comment je vis ».
Touché, Reza lui confie un appareil photo avec pour mission de photographier pendant la nuit et de revenir dès le lendemain pour lui montrer son travail. Il décidera alors de l’intégrer, ou pas, dans le groupe. Mais au matin, Maya n’est pas là. Reza est très déçu car la jeune fille l’avait convaincu. Elle finit par arriver, avec plus d’une heure de retard. Lorsque le photographe lui demande les raisons de son retard, en lui disant que ça n’est pas possible si elle veut vraiment participer au projet, elle lui tend simplement son appareil photo. Sur l’écran, il découvre une paire de baskets blanchies par la glace. « Mes chaussure étaient gelées, j’ai dû attendre pour pouvoir les enfiler ». Reza a fondu en larmes, touché par l’histoire de cette si jeune fille. Il dira ensuite : « je n’avais jamais été aussi touché par le pouvoir symbolique d’une image ».

Reza dédie son exposition parisienne aux réfugiés du monde entier. Notamment aux Érythréens ou aux Soudanais, délogés manu militari du nord-est parisien, à moins d’un kilomètre de l’exposition. Ou aux Syriens, Afghans ou Éthiopiens qui tentent de traverser la Manche depuis Calais, au prix de leur vie. « Le monde est un petit village où nous sommes tous liés les uns aux autres. En Occident nous avons des droits, mais également des devoirs », a commenté Reza.

Voici quelques photos prises lors de ma visite. La totalité est en ligne ici Rêve d’Humanité by Reza

Azerbaïdjan, Terre de tolérance

Notre guide nous apprend également que l’on peut voir une autre exposition de Reza à la mairie du 1er arrondissement. Elle s’appelle « Azerbaïdjan, Terre de tolérance« . Je suis allée voir ça de plus près dès le lendemain. C’était un samedi et la mairie était fermée. Je n’ai donc vu qu’une vingtaine de photos accrochées aux grilles.

Ces images sont une autre façon pour lui de témoigner de l’Humanité. Il nous parle ici de dialogue interreligieux car ici cohabitent chrétiens, musulmans et juifs, dans la plus grande tolérance des uns pour les autres.

Je suis allé à leur rencontre, au fil de plusieurs mois de reportage en Azerbaïdjan. J’ai partagé le recueillement du jeûne musulman et la joie des rassemblements de l’iftar. J’ai été le témoin silencieux et discret des prières des Oudis, premiers chrétiens issus de la région du Caucase. J’ai découvert, dans les ruelles du « Village rouge », l’une des seules enclaves juives en dehors d’Israël.

Ces photos ont été exposées à New York, au siège des Nations Unies en septembre 2013, dans le cadre du forum organisé par The United Nations Alliance of Civilizations en tant que témoignage sur la Tolérance.

Grâce à ce billet j’ai eu les infos qu’il me manquait ! (D’ailleurs merci à Clément, community manager de l’expo Dream of humanity sur Twitter qui m’a aidé depuis le début de la rédaction de ce billet). Voici donc un billet pour vous raconter comment je suis tombée sous le charme d’un pays incroyable : Reza nous invite en Azerbaïdjan, terre de tolérance.

Je vous invite à aller voir mon album (Azerbaïdjan, Terre de tolérance) car j’ai repris les textes qui accompagnent les photos. Ils sont très importants car ils permettent de saisir toute la richesse de l’Azerbaïdjan. Moi, ça m’a donné très envie d’aller là-bas rencontrer ces gens et découvrir un pays qui semble magnifique.

Forcément un final en musique qui nous parle d’amour. Je vous ai trouvé une très jolie surprise qui donne le sourire !

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

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    • Vraiment merci beaucoup. J’ai toujours beaucoup de plaisir à savoir que mes lecteurs aiment ce que je partage avec eux. Ce billet doit beaucoup au talent de Reza.

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  3. Pingback: 2015, du Beau pour oublier le Triste | Les billets de Miss Acacia

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