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Kin : l’Afrique du sud de Pieter Hugo s’expose à la Fondation Cartier-Bresson

Du 14 janvier au 26 avril 2015, la Fondation Cartier Bresson nous invite Pieter Hugo, « Kin ».

Pieter Hugo questionne l’identité de l’Afrique du Sud

À travers des portraits, des paysages et des natures mortes exposés pour la première fois en France, le photographe propose une réflexion sur la complexité de l’identité sud-africaine postapartheid.

« Kin » (l’intime) tente d’évaluer le fossé qui sépare les idéaux d’une société et sa réalité.

Fracturée, schizophrène, blessée, l’Afrique du sud est un territoire très problématique.

C’est une société où règne la violence ; les cicatrices du colonialisme et de l’apartheid sont encore très profondes. Les questions raciales et identitaires pénètrent toutes les couches de la société, et les conséquences de la ségrégation forcée jettent une ombre indélébile. Comment peut-on vivre dans cette société ? Comment endosser la responsabilité de l’histoire passée et dans quelle mesure doit-on le faire ? Comment élever des enfants dans une société si conflictuelle ? Avant d’être marié et d’avoir des enfants ces questions ne me gênaient pas ; maintenant elles m’interpellent.

Il y a environ 8 ans, j’ai commencé à photographier autour de cette notion de terre natale (home), quel que soit son sens, d’un point de vue public et privé. Regarder son pays avec un œil critique c’est se regarder soi-même et regarder son prochain. C’est ressentir le poids de l’histoire et comprendre le rôle que chacun y joue. C’est observer sa propre relation avec ses proches, c’est voir les liens tenus qui nous unissent et nous divisent. « Home », cette terre natale, c’est le lieu où appartenance et aliénation coexistent. Est-ce que cette appartenance nous libère ou nous emprisonne ? Est-ce qu’elle nous rattache au poids terrible de l’histoire ou bien est-ce qu’elle nous en délivre ?

J’ai des sentiments très complexes sur le fait de vivre ici. Depuis 8 ans, je ne me sens guère plus avancé sur ces questions. Au contraire, je suis encore plus confus et encore plus en désaccord avec « my home ». Ce travail se heurte à ce dilemme, mais échoue finalement à donner des réponses.

Pieter Hugo

Pieter Hugo est né en 1976 à Johannesbourg. En 2006, à la naissance de son premier enfant, il commence un travail à travers lequel il (se) questionne l’identité de son pays marqué par une énorme complexité sociale et portant toujours les stigmates d’une histoire emplie de violence. Aujourd’hui, la Fondation Cartier-Bresson expose une quarantaine de photos : natures mortes, paysages et portraits grand format.

Des portraits bouleversants

Ce qui frappe immédiatement est la mélancolie qui ressort de ces superbes photos. Voire même de la violence, en particulier dans les portraits incroyables qui attirent notre regard dès que l’on entre dans la première salle de l’exposition. Qu’ils soient blancs, noirs ou métis, pas un ne sourit.

Les regards sont soit emplis de colère, soit d’une tristesse bouleversante. Pas trace d’espoir. Tous semblent subir la « schizophrénie » (mot employé par le photographe lui-même) de l’Afrique du sud. Sur la plupart de ces portraits les personnes se détachent sur des fonds unis, ce qui leur donne encore plus de force car il n’y alors qu’une seule chose à regarder : l’Autre.

Ici aucune retouche pour rendre les visages plus « esthétiques ». Ses photos sont hyperréalistes. Les personnes sont montrées telles qu’elles sont avec des traits durs et marqués de gens à qui la vie n’a pas fait beaucoup de cadeaux. Mais surtout, vraiment, ce sont les regards qui attirent. On s’y acrroche, bouleversés par tout ce que ces yeux essaient de nous dire.

Des paysages et des natures mortes

En dehors des portraits, sont également exposées de très belles photos de paysages ou des natures mortes qui ressemblent à des tableaux. Ce qui n’est pas étonnant car Pieter Hugo a une mère peintre et il reconnaît avoir « regardé » la peinture flamande. Et effectivement, le grain, la prise de vue, la structure de la photo sont autant d’éléments qui nous font regarder de plus près pour nous assurer qu’il s’agit bien de photos (minute « blonde »).

La composition de chaque nature morte est très sobre. Seulement quelques objets isolés qui laissent imaginer le dénuement dans lequel vivent les gens. Les paysages sont également très beaux par leur grande simplicité. L’image nous happe, on essaie de voir chaque détail et de s’imprégner de cette atmosphère.

Il y a deux photos de paysages qui m’ont particulièrement frappées. Elles étaient exposées sur le mur du fond de la première salle. Le portrait de cinq jeunes en costume les séparaient mais l’opposition saute aux yeux avec violence. A gauche, les rues en terre et les toits en tôle serrés d’un township, à droite, les toits orange et espacés, les taches bleues des piscines, les pelouses d’un quartier résidentiel protégé qui, vu de haut, ressemble à une maquette en plastique. Le monde des pauvres (et principalement des noirs et des métis. Mais de plus en plus de blancs « rejoignent » le « monde des pauvres ») en face du monde des riches. D’un côté les bidonvilles, de l’autre les piscines.

Kin de Pieter Hugo, une expo à voir absolument

Que ce soit à travers les portraits ou à travers ces paysages ou natures mortes, Pieter Hugo voulait « montrer la différence entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas, qui est de plus en plus grande. Et en Afrique du Sud la lutte des classes et la lutte raciale sont indissociables ».

Je vous engage vivement à aller voir cette expo. Vous avez encore un peu de temps car elle se terminera le 26 avril. Vous serez bouleversés par ce Pieter Hugo nous montre de l’Afrique du sud. Nous sommes loin des clichés. C’est le regard d’un homme désenchanté et meurtri pour son pays. J’ai vraiment adoré et j’en suis ressortie avec une immense admiration pour cet artiste dont je n’oublierai pas le nom. Vous aussi retenez le bien : Pieter Hugo. On entendra encore beaucoup parler de lui.

Petite info pratique : l’entrée est gratuite le mercredi de 18H30 à 20H30.

Fondation Henri Cartier-Bresson
2, Impasse Lebouis
75014 Paris

Pour le final en musique restons en Afrique du Sud avec les choeurs de Gospel de Soweto.

 

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

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