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Street Art – Poésie urbaine : Sophie Pujas nous invite à regarder la ville autrement

"Street Art Poésie urbaine" de Sophie Pujas

Un mur décrépi, une fissure dans le trottoir, une façade devant laquelle on passe sans s’arrêter… Il suffit parfois qu’un artiste s’en mêle pour que le trajet le plus banal réserve une jolie surprise. C’est tout ce que j’aime dans l’art urbain, et tout ce que je retrouve dans ce superbe livre de Sophie Pujas, Street Art – Poésie urbaine, publié aux Éditions Alternatives.

Ce qui m’a particulièrement plu ? La place laissée aux images. On découvre une œuvre, puis une autre, on s’attarde, on revient en arrière. Les artistes nous font regarder la ville autrement, et le livre nous laisse le temps d’en profiter. Pour une fois qu’on peut flâner au milieu de la rue sans gêner personne…

Des images dans lesquelles se promener

J’aime les livres d’art qui donnent aux œuvres la place de nous surprendre. Ici, les photographies occupent le premier plan. Les mots accompagnent la découverte : ils présentent les artistes, éclairent leurs démarches et proposent des pistes pour regarder. Puis nos yeux poursuivent leur promenade.

On peut suivre le parcours proposé ou se laisser attirer par une image, passer d’un détail minuscule à une façade entière, revenir sur une intervention dont on n’avait pas saisi toute l’astuce. Il y a beaucoup de beauté dans ces pages, mais aussi de la tendresse, de l’étrangeté et cet humour qui vous fait sourire tout seul devant un livre. Aucun problème, vous pouvez accuser les artistes.

Sophie Pujas, écrivaine, scénariste et journaliste, connaît bien ce terrain de jeu, auquel elle a déjà consacré plusieurs ouvrages. Elle rassemble ici une trentaine de portraits en cinq chapitres : « Messages urbains », « Créer la rencontre », « Réinventer les lieux », « Poétiser les marges » et « Redessiner l’espace ». Autant de façons de nous inviter à faire attention à ce qui nous entoure.

La poésie à hauteur de passant

Le mot « poésie » prend ici des formes très diverses. Elle peut s’écrire sur un mur, surgir dans un collage, se glisser au ras du sol ou bouleverser les proportions d’un bâtiment. Parfois, quelques mots suffisent. Ailleurs, c’est une présence, une couleur ou un jeu avec les lieux qui nous arrête.

Dans le livre, on croise notamment les messages de Gaspard Lieb et de Nathalie Man, les personnages d’Agrume et d’Alex Senna, ou encore les interventions de MifaMosa autour des plaques de rue. Des univers différents, réunis par cette capacité à provoquer une rencontre au milieu d’un espace que nous traversons souvent sans vraiment le voir.

C’est ce qui me touche dans l’art urbain : cette possibilité qu’une œuvre entre dans notre journée sans rendez-vous. On sort faire une course, on marche vers le tram, et quelque chose nous donne envie de ralentir. Le trajet prend alors une autre saveur. Même si, malheureusement, cela ne dispense toujours pas de faire les courses.

Du minuscule au monumental

J’aime aussi la liberté avec laquelle ces artistes s’emparent de la ville. Tout peut devenir le point de départ d’une création, y compris ce que l’on considère d’ordinaire comme un défaut ou un déchet.

Dans le chapitre consacré aux marges, on retrouve ainsi Ememem, dont les mosaïques viennent réparer et embellir les accidents du sol, mais aussi AnonyMouse et ses installations miniatures, ou Lor-K, qui crée à partir d’objets abandonnés. Il faut parfois baisser les yeux et s’approcher pour découvrir ces petits mondes. Voilà une bonne raison de regarder où l’on met les pieds.

À l’autre extrémité du parcours, Leon Keer, JanIsDeMan, Shozy ou Wild Drawing jouent avec les volumes et l’architecture. Les façades deviennent des terrains d’illusion, nos repères se troublent et l’on cherche à comprendre comment tout cela tient ensemble.

Le livre permet de passer d’une échelle à l’autre et de mesurer la diversité de ces pratiques. La beauté tient autant à l’invention qu’à cette attention portée au lieu : une œuvre semble attendre précisément ce mur, cet angle ou cette irrégularité pour exister.

Réenchanter la ville… et un peu la vie

Au fil des pages, je retrouve ce plaisir qui me fait aimer les balades à la recherche d’art urbain : découvrir encore et encore que la rue peut nous étonner. Un quartier familier garde des surprises, pour peu que quelqu’un les invente et que nous prenions le temps de les regarder.

Cette poésie peut être joyeuse, mélancolique, malicieuse ou plus inquiète. Elle nous fait sourire et peut aussi nous toucher, nous interroger, nous rendre plus attentifs aux autres et à ce que nous partageons.

C’est pour cela que ce livre me plaît autant. On y découvre de très belles œuvres, avec assez d’espace pour les regarder et assez de mots pour avoir envie d’en savoir davantage. Et lorsqu’on le referme, on a surtout envie de sortir voir ce qui se passe sur les murs d’à côté.

Je vous invite à vous perdre dans ces pages. Vous y croiserez des artistes qui réenchantent la ville et, au passage, mettent un peu de beauté dans la vie. Pour ma part, je suis toujours prête à faire un détour pour cela.

Le livre

Street Art – Poésie urbaine
Sophie Pujas
Éditions Alternatives — Collection Arts urbains
Paru le 15 octobre 2026
32 €.

Découvrez le livre sur le site des Éditions Alternatives.

Pour finir en musique

Pour finir en musique, je vous laisse avec Pam Pa Nam d’Oxmo Puccino. Lui aussi trouve dans la ville de quoi nourrir sa poésie, entre bitume, agitation et rencontres. Les artistes du livre nous arrêtent au coin d’un mur ; Oxmo nous embarque dans ses mots. Je vous conseille de regarder aussi le clip : après toutes ces images, autant prolonger le plaisir !

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Ancienne parisienne devenue lyonnaise… pas très bavarde voire même un peu « sauvage » et surtout passionnée de street art. Flâneuse urbaine, j’aime partager mes plus belles découvertes avec vous !

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