Il y a presque dix ans, à Marseille, je découvrais les œuvres de Mahn Kloix. Un véritable coup de cœur pour ses lignes, ses courbes et cet engagement politique chevillé au corps. En mars 2017, je lui consacrais d’ailleurs un portrait sur ce blog, « Mahn Kloix, la voix des indignés ».
Presque dix ans plus tard, le plaisir est intact. Et le retrouver dans Entre les lignes, le livre de Théophile Pillault publié aux Éditions Alternatives, est une belle occasion de vous reparler de lui. Cette fois, les murs tiennent dans un livre. Voilà qui facilite tout de même un peu les choses pour les emporter chez soi.
Le trait qui m’a arrêtée
Chez Mahn Kloix, j’aime cette manière de faire apparaître un visage par le mouvement des lignes. L’œil suit les courbes, s’attarde sur un regard, revient sur un détail. Il y a une sobriété dans son dessin et pourtant beaucoup de présence. C’est ce qui m’avait touchée à Marseille et que je retrouve avec autant de plaisir aujourd’hui.
Cette écriture graphique s’est nourrie de sa formation, notamment aux Gobelins, et de son intérêt pour les esthétiques allemandes et russes du début du XXe siècle. La ligne claire, le travail du trait, l’héritage de l’affiche : des influences qu’il s’est appropriées pour construire son propre langage.
Mais si la forme attire mon regard, les personnes représentées et les histoires qu’elles portent me donnent envie de rester. C’est aussi pour cela que mon coup de cœur dure.
Des convictions qui prennent visage
Mahn Kloix a grandi dans une famille militante, avec des valeurs humanistes et la conviction qu’il faut agir pour les défendre. Il a choisi de le faire par la création, en donnant une place sur les murs à celles et ceux qui luttent, résistent ou subissent les injustices.
Écologie, féminisme, droits des personnes LGBT, accueil des migrants, attention aux plus démunis : ses sujets viennent du monde dans lequel nous vivons. De ce que l’actualité nous raconte, mais aussi des personnes que l’on finit parfois par ne plus voir derrière les grands débats.
Dans mon portrait de 2017, je vous parlais de Small is Big, son projet de portraits de personnes engagées, célèbres ou anonymes. Leurs visages étaient accompagnés de leurs prénoms et d’éléments sur leurs actions. Une façon de rappeler que les luttes sont d’abord portées par des êtres humains, et que chacun peut agir à son échelle.
Cet engagement a continué de prendre forme au fil des projets. Mahn Kloix a notamment travaillé avec Amnesty International, Médecins du Monde et SOS Méditerranée. Pour cette dernière, il a réalisé en 2024 La Vigie, sur la corniche marseillaise : une femme, jumelles devant les yeux, scrute l’horizon. Un visage tourné vers cette mer que d’autres traversent au péril de leur vie.
« C’est l’humain qui occupe toute mon action créative », explique l’artiste. Une phrase qui résume bien ce qui me touche dans son travail.
Dix ans de création, le temps de regarder
Avec Entre les lignes, Théophile Pillault revient sur dix ans de création. Le livre permet de retrouver les œuvres de Mahn Kloix et de découvrir le parcours qui les relie : ses influences graphiques, ses convictions et cette volonté de donner de la visibilité à des combats contemporains.
J’aime ce passage des murs aux pages. Dans la rue, on découvre une œuvre au hasard d’une promenade. On s’arrête, on la photographie peut-être, puis on poursuit son chemin. Le livre offre une autre disponibilité : celle de revenir, de rapprocher les images et de s’attarder sur les lignes qui nous avaient d’abord attirés.
Pour moi qui ai découvert Mahn Kloix il y a presque dix ans, ces retrouvailles ont une saveur particulière. Ce livre magnifique permet de (re)découvrir ses œuvres et de prendre la mesure d’un parcours dont la force graphique et l’engagement restent étroitement liés.
Et si vous ne le connaissez pas encore, je vous invite à entrer dans cet univers. Prenez le temps de suivre les courbes, puis de vous intéresser aux visages. Il y a de belles découvertes à faire entre ces lignes.
Le livre
Mahn Kloix — Entre les lignes
Par Théophile Pillault
Éditions Alternatives, collection Monograffies
Octobre 2026 — 160 pages en couleurs
19 × 25,5 cm — Relié à bords francs
28 €
Pour finir en musique
Pour finir en musique, je vous laisse avec Les Mains d’or de Bernard Lavilliers. Le portrait d’un ouvrier privé de son travail, dont le savoir-faire et la dignité demeurent. Une chanson qui, à sa manière, fait écho au regard de Mahn Kloix sur celles et ceux qu’on ne devrait jamais cesser de voir.
