Street Art
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« Les mots d’où : Graffiti, langage de la rue », une conférence d’Adèle Alberge

Conférence "Graffiti, langage de rue"

Samedi 12 juin 2021, Adèle Alberge, poétesse et photographe, a animé une conférence sur le « Graffiti, langage de rue ». Je vous emmène à la découverte de ce mouvement artistique…

« Les mots d’où » pour découvrir les langages

Du lundi 3 mai au samedi 10 juillet 2021, les médiathèques de Villeurbanne vous invitent à découvrir la richesse de la diversité des langues avec son cycle sur le multilinguisme, « Les mots d’où ».

L’association C Où K’on Graff ? a été invitée pour organiser un après-midi dédié au graffiti, le langage artistique par excellence ! Au programme, un atelier pochoir avec l’artiste Jalb, un live-painting avec l’artiste Georges de Loup et une conférence avec Adèle Alberge.

Pendant une heure trente, la poétesse nous a raconté l’histoire de ce mouvement artistique et nous a donné les codes permettant de comprendre ce qui se joue sur les murs. Pourquoi Adèle Alberge me direz-vous ? Et bien parce qu’en plus d’être poétesse et photographe, l’artiste est également une passionnée de street art. Elle a même réalisé un recueil de poèmes directement inspirés de ses rencontres avec les artistes, « Les cris des murs ».

Je vais maintenant utiliser ses mots et ses connaissances, pour vous raconter à mon tour le mouvement du graffiti…

Histoire du graffiti

Commençons par le début. Avant même de déchiffrer les codes, voyons comment tout ça a commencé.

Le mot italien « graffito » dérive du latin « graphium » (éraflure) qui tire lui-même son étymologie du grec « graphein » qui signifie indifféremment écrire, dessiner ou peindre.

On pourrait dire que les tous premiers graffiti, au sens premier du terme, sont apparus à la préhistoire et dont on retrouve les traces dans la Grotte de Lascaux. Les romains, eux-mêmes, gravaient les murs. Vous pouvez découvrir ces tous premiers graffiti au musée gallo-romain de Lyon.

Le premier photographe a garder les traces de ces oeuvres de rue n’est autre que le célèbre Brassai dans les années 30. Photographe de rue, il s’est pris de passion pour les incisions faites sur les murs. Il en fait une collection et un livre, Graffiti aux éditions Flammarion.

Pour la petite anecdote, Picasso lui-même a réalisé un graffiti sur le mur d’une banque !

Dans les années 70-80, un autre nom est à retenir. Celui d’une femme Martha Cooper. Diplômée en anthropologie, c’est avant tout l’humain qui l’intéresse dans son travail artistique. Elle deviendra la première femme photographe du National Geographic. Son travail va l’amener à découvrir le graffiti et à s’intéresser à ce mouvement. Elle en deviendra une fervente défenseuse car, dans les années 70, le graffiti était vu comme une activité vandale et haïssable.

Je voulais capter l’essence de cette culture qui allait disparaître, préserver une part d’histoire. Je n’aurai jamais envisagé que trente ans plus tard, le graffiti serait toujours là et vivant.

Revenons un peu en arrière… pendant la guerre de 39-45. Une légende du graffiti raconte qu’un ouvrier de Détroit dans le Michigan travaillant dans une usine de fabrication de bombes, aurait signé chacune de ses bombes « Kilroy was here« . Une fois en Europe, ces bombes ont été vues par les soldats américains qui se seraient mis à en dessiner partout.

C’est dans les années 60 qu’apparaît le tout premier « writer » de l’histoire du graffiti. Pour déclarer son amour à une jeune fille, l’artiste Corn Bread écrit son blaze un peu partout dans la ville. Il continuera de « sévir » à Philadelphie de 1965 à 1969.

Ensuite le mouvement se déplace à New York. De nouveaux graffeurs apparaissent. Les plus célèbres sont Taki 183* et Julio 204*. Jean-Michel Basquiat lui-même a commencé dans la rue avec son crew : SAMO. Il a fait ça pendant 2-3 ans avant de devenir artiste peintre. 

* Le numéro ajouté au blaze est celui de la rue dans laquelle ils vivent. 

Années 80 : naissance du mouvement hip-hop

Le début des années 80 voit la naissance d’un nouveau mouvement artistique : le hip-hop, mouvement fondateur de l’art urbain.

Ce mouvement artistique a 5 piliers :

  • Rap
  • Beatboxing
  • DJing 
  • Brake-dancing 
  • Graffiti 

À cette époque, les techniques s’affinent. Les graffeurs s’éloignent des trains pour aller sur les murs des villes. Certains vont même aller en galerie, comme Basquiat et Keith Haring.

C’est le graffeur Bando qui va ramener le graffiti en France. En 1983 il crée son premier crew, Bomb squad 2, puis CTK. Il devient célèbre avec le style Old School. Pour lui, la galerie n’est pas envisageable car le sens même du graff est d’être vandale. 

D’autres noms de graffeurs de cette époque sont devenus célèbres : Speedy Graphito, Jef Aérosol, Blek le Rat (le pionnier de l’art urbain parisien).

Les années 2000 sont les années Banksy. Un artiste mystérieux qui va faire exploser le marché de l’art pour les oeuvres d’art urbain. Le terme « street art » apparaît alors pour parler des formes d’art urbain qui passent très vite de la rue à la galerie.

Et les femmes dans tout ça ?

Fin des années 80, Miss.Tic est la première femme à apparaître dans la rue et à y prendre sa place. 

A cette époque une femme ne peut pas être graffeuse, ce monde très masculin les met à l’écart car elle ne courent pas assez vite, l’utilisation du spray est difficile… Bref autant d’arguments que les femmes graffeuses ont démontés…

Sur ce sujet, je vous conseille de découvrir le très beau livre « Figures de graffeuses », sorti aux Éditions Alternatives.

La symbolique du graff

Pour comprendre le sens de cet art vandale, l’artiste Georges de Loup a rejoint Adèle Alberge pour expliquer son état d’esprit et celui du graffiti. 

Bien que les sanctions encourues soient élevées (30000€ d’amendes et 2 ans de prison pour un graffeur ; bien plus si les artistes sont pris en groupe), les graffeurs continuent de graffer en dehors des zones d’expression autorisées car pour eux le graffiti est un art vandale qui rejette la société de consommation.

L’idée est d’être partout où on ne veut pas de vous pour lutter contre l’oppression. Cela leur donne un sentiment de puissance qui renverse les paradigmes d’une société qui dit que vous n’êtes rien et que vous n’avez pas votre place. Personne ne peut les arrêter car ils veulent être un contre pouvoir et la marginalité leur permet de renier un système qui les rejette.

Leur but est de conquérir le territoire : ils font du matraquage afin de créer une impression d’envahissement et de stupéfaction par l’abondance. Ils vont donc déposer des graffs ou simplement des tags (blaze du graffeur écrit à la bombe). Le blaze révèle l’appartenance à une communauté, à un crew et garantit l’anonymat de l’artiste, qui peut devenir célèbre sans que l’on connaisse sa véritable identité.

Bien souvent le tag va être moche pour embêter les bourgeois et les autres tagueurs. Car il y a une forte compétition entre graffeurs, ce qui crée une véritable émulation : il faut toujours faire plus grand, plus gros, aller plus haut… !

La reconnaissance des artistes

Les artistes de street art sont en quête de reconnaissance à travers les réseaux sociaux. Ils veulent que leurs œuvres circulent sur Instagram, à travers les photos des passants, et qu’on les identifie. 

Il y a même des « chasseurs.euses » de street art (dont je fais partie… parce que dès qu’on est passionné on devient chasseur.euse). Ils ou elles vont profiter de chaque déplacement (ou parfois partir en balade uniquement pour « chasser ») pour traquer les oeuvres sur les murs, les photographier et les partager sur les réseaux sociaux avec le nom de l’artiste. Ces personnes nous permettent de prendre conscience qu’il y a un musée à ciel ouvert juste là, en bas de chez nous ou sur le trajet que nous faisons chaque jour pour aller travailler. Ces artistes embellissent nos rues en mettant leur travail artistique à notre disposition.

Il aura fallu 50 ans à l’art urbain pour s’imposer à notre société. Cette pratique issue de la rue, réalisée illégalement, a été jusqu’à investir les institutions artistiques et le marché de l’art. Décrié par les uns, admiré et sollicité par les autres, le graffiti réussit à bousculer les codes établis de l’histoire de l’art.

Entre conquête de territoire, anonymat et le paradoxal besoin de reconnaissance de la rue et parfois la reconnaissance artistique et commerciale, cet art qui n’a de cesse d’évoluer, de se renouveler, n’a jamais abandonné ses origines, que sont la rue et la liberté de créer au-delà des contraintes.

Adèle ALBERGE

Live-painting avec Georges de Loup

Cet après-midi à Villeurbanne a été également l’occasion de découvrir la belle fresque réalisée par Georges de Loup au skatepark. Je vous offre quelques photos pour le plaisir de vos yeux…

Maintenant il est temps de se quitter en musique. Maintenant on monte le son et on bouge son corps !

Cette entrée a été publiée dans : Street Art
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Ancienne parisienne devenue lyonnaise… pas très bavarde voire même un peu « sauvage » et surtout passionnée de street art. Flâneuse urbaine, j’aime partager mes plus belles découvertes avec vous !

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