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Les portraits de Miss Acacia : Mylla, la costumière florale de rue

Mylla street art lyon

Il y a quelques semaines j’ai découvert des coquelicots déposés un peu partout dans les pentes de la Croix-Rousse. J’ai tout de suite aimé la poésie de ces œuvres offertes à tou.te.s.

Il faut dire que le coquelicot est une de mes fleurs préférées. J’aime sa couleur rouge (que j’ai repris pour mon logo), la fragilité de ses pétales et de sa tige. J’aime cette délicatesse apparente d’une fleur qui pousse sur les terrains les plus hostiles, qui ne peut s’épanouir qu’en liberté et meurt si on la cueille pour la mettre dans un vase.

Je vous emmène donc à la rencontre de Mylla, une jeune artiste qui crée ces fleurs délicates et poétiques et nous les offre en les déposant dans la rue.

Bonjour Mylla, comment as-tu imaginé ton nom d’artiste ?

Mylla – qui se prononce Mïa – est un prénom qui m’a toujours plu et qui sonne simple et efficace. C’est ce qui a fait que je l’ai adopté comme nom d’artiste.

Peux-tu me dire quelques mots sur ton parcours ?

J’ai fait des études d’arts plastiques pendant cinq ans. Quatre ans à la Fac de Saint-Etienne puis un an en Erasmus à l’école des Beaux-Arts de Salamanque en Espagne. J’ai beaucoup aimé cette année-là car j’ai découvert un enseignement très libre de l’art, donné dans des hangars aux murs couverts de couleurs et de peintures et une expression artistique libre et intense.

A mon retour en France, j’ai fait des petits boulots alimentaires avec des horaires très variables. Je n’avais plus l’énergie de créer. J’ai donc tout arrêté pour me consacrer à mon travail artistique.

J’avais commencé à créer des bijoux en Espagne et je m’y remets aujourd’hui. Ils sont faits en laiton avec des graines de sésame, épices, morceaux de tissu, peinture que je recouvre ensuite de résine. Je vais prochainement créer une association pour développer mes différentes activités artistiques.

En parallèle de la création des bijoux, je fais du collage dans la rue. J’ai en tête de mettre mes fleurs ailleurs que sur les murs… Peut-être que je les incorporerais dans mes bijoux ?!

Pourquoi as-tu choisi le street-art ?

Ma mère voulait se faire tatouer un coquelicot et elle m’a demandé de dessiner son tatoo. Tout a commencé comme ça ! Je me suis mise à dessiner toutes sortes de coquelicots pour son projet pour lequel j’ai été de suite très motivée.

Un jour, alors que je me promenais Passage Thiaffait, j’ai eu envie de dessiner un coquelicot. J’ai aimé faire ça alors j’ai recommencé Rue des Fantasques. Cette fois, j’ai posté la photo sur Instagram et j’ai eu des retours très positifs. Ce qui m’a encouragée à recommencer ! Depuis mes fleurs envahissent les Pentes de la Croix-Rousse.

Pendant que je posais mes fleurs rue des Fantasques, des gens se sont arrêtés pour parler avec moi. Cet échange m’a fait beaucoup de bien car j’étais alors dans une période d’inactivité professionnelle difficile à vivre. J’ai découvert l’effet thérapeutique du street art !

Quel est ton rapport à la rue et à l’espace urbain ?

Je trouve que les couleurs de la rue sont monotones, tristes et sans vie. Les seules couleurs qu’on y voit sont celles de la publicité. Et les œuvres déposées par des street artistes.

La rue est notre quotidien mais c’est plus un lieu de passage que de vie. Le fait de poser des dessins permet de créer des contacts et de d’inviter les gens à s’arrêter pour lever les yeux de leur téléphone et prendre le temps de regarder ce qui les entoure. Je veux leur donner envie de se reconnecter à l’instant présent : « ici et maintenant. »

J’aime le fait de voir la réaction des gens. Mon geste peut provoquer l’approbation ou la désapprobation des passants. Parce que le street art c’est aussi se confronter à l’illégalité. La peur provoque une montée d’adrénaline qui est géniale.

Est-ce que créer dans la rue a un sens particulier pour toi ?

Comme je le disais juste avant, créer dans la rue c’est être en contact direct avec les personnes qui passent pendant que je colle. Pour moi, la rue est le plus beau et le plus grand support d’expression. Elle permet d’exprimer sa création artistique et de la faire partager à plus grande échelle. J’aime passer du papier au mur. Il y a un jeu de matières et de surfaces que je trouve très intéressant.

Mes coquelicots on peut les toucher, les arracher, les prendre en photos, les regarder, les partager !

Je me définis comme une « costumière florale de rue ». J’habille les surfaces en la végétalisant. Je pose mes coquelicots soit sur des surfaces encadrées (des bas de portes par exemple) comme si la rue devenait un musée à ciel ouvert, soit sur des poteaux ou pylônes pour que le passant prenne le temps de tourner autour. Le temps de la ronde, les gens se focalisent sur l’œuvre et le temps présent.

Je n’essaie pas vraiment de faire passer un message à travers mes œuvres. Je veux simplement inciter les gens à être plus observateurs, à s’arrêter et regarder autour d’eux. C’est une invitation à l’observation, au partage et au respect car respecter l’œuvre c’est respecter les autres. Pour moi la nature tient une place importante dans un monde déshumanisé : si un coquelicot meurt (arraché), d’autres repoussent.

Découvrez le travail de Mylla à Lyon à l’occasion de la vente chez Collision, le 21 décembre de 14 h à 20 h et le week-end du 28 décembre de 14h à 20h.

Puis en exposition pendant un mois.

Collision – Rue des Tables Claudiennes – Lyon 1


Vous pourrez également trouver ses oeuvres sur les murs de Clermont-Ferrand sur le Parcours Such’Art (dates pas encore dévoilées).

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je ne m’inspire pas d’artistes en particulier. Je dirais que c’est ma mère qui m’a inspirée car le coquelicot est sa fleur préférée. Une fleur à la fois robuste et fragile.

Mon autre source d’inspiration est ma passion pour les plantes. Chez moi c’est une véritable jungle urbaine ! Je dois avoir plus de 70 plantes ! Je végétalise l’espace urbain pour apporter un peu de poésie et de verdure sur les murs. C’est comme si la nature reprenait le dessus sur le béton. Et puis les gens prennent mes fleurs en photos pour les partager et ainsi les offrir à d’autres. 

L’espace urbain n’est pas en lui-même une source d’inspiration. Je ne fais pas de repérage avant d’aller poser mes fleurs. Je colle et dessine lors de mes balades (souvent quand je promène mon chien !). Il m’arrive aussi de revenir à un endroit qui m’a plu si je n’ai pas mon matériel sur moi. Mais, en général, j’ai toujours quelques fleurs et des feutres dans mon sac !

Quelles techniques utilises-tu dans tes créations ?

Mes premières fleurs étaient réalisées entièrement aux marqueurs. Mais je me suis rendue compte que ça prenait beaucoup de temps… Et que le caractère illégal du street art demande de la rapidité. Aujourd’hui je dessine uniquement les tiges au marqueur. Je prépare les fleurs et les graines sur du papier peint adhésif.

Le papier peint doit avoir des couleurs et des motifs rappelant le corps (couleur chair) ou la nature (motifs boisés). Je dessine et bombe des coquelicots et graines de toutes les tailles sur la longueur du papier puis je les découpe.

C’est génial car je n’ai plus besoin de colle ! C’est donc encore plus simple et rapide.

Je travaille également la photographie sur ordinateur. Pour ça j’utilise des photos que j’ai prises sur lesquelles je dessine des coquelicots et des graines. Parfois, je vois des objets ou des scènes qui m’inspirent. Je les prends alors en photo pour dessiner dessus ensuite.

J’ai pris contact avec l’artiste Terouchka pour animer l’une de mes œuvres photographiques. J’aime beaucoup l’idée de donner vie à une image.

Mylla en images

Voici un aperçu des œuvres réalisées par Mylla. Pour la suivre n’hésitez pas à vous abonner à son compte Instagram.

Une conclusion musicale ?

Mylla a accepté de jouer le jeu de la conclusion musicale. Pour illustrer en musique son portrait, elle a choisi la DJ sud-coréenne Peggy Gou et son morceau « It makes you forget ».

Cette entrée a été publiée dans : Portraits
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Ancienne parisienne devenue lyonnaise… pas très bavarde voire même un peu « sauvage » et surtout passionnée de street art. Flâneuse urbaine, j’aime partager mes plus belles découvertes avec vous !

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