Art urbain, Coups de coeur
2 commentaires

« Graffiti baladi », quand le streetart fait la Révolution…

Il  y a deux mois, grâce à Facebook, j’ai eu vent d’un projet de livre produit en crowfounding (financement participatif… en français dans le texte). Il y était question de streetart et de révolution, ça se passait en Egypte. Et ça n’était pas qu’un livre… C’était Graffiti baladi.

Graffiti baladi de Lisa Klemenz et Leslie Villiaume

Forcément, je suis allée voir de plus près et j’ai décidé de participer parce qu’il me semblait important que ce projet voit le jour. Et voilà, un soir j’ai trouvé ce très beau livre (mais pas que…) dans ma boite aux lettres. Et j’ai eu envie de vous en parler parce que j’aime quand le street art et le graffiti retrouvent leur fonction première : un moyen d’expression pour se battre contre l’oppression.

Commençons par une présentation du livre :

Un hommage aux graffeurs de la Révolution égyptienne.

« Les graffitis sont comme un cri muet. » (Omar Fathi, graffeur, alias Picasso)

En mars 2013, Lisa Klemenz et Leslie Villiaume vont au Caire pour tourner le documentaire Graffiti Baladi. Leur but était d’aller à la rencontre de personnalités parmi toutes celles qui ont fait la révolution en Égypte.

L’axe original qu’elles ont choisi est d’explorer par la voie du street art les revendications et les souffrances du peuple égyptien qui est descendu dans la rue. Leur périple a été jalonné de rencontres marquantes qu’elles ont mis en scène dans leur film. Mais rapidement a émergé l’idée d’un livre dont les auteurs seraient deux figures féminines de la Révolution égyptienne, Heba Mahfouz et Rana Hassanein, et un photographe, Beshoy Fayez, qui a su capter dès le premier instant les œuvres qui ont peu à peu occupé les murs des villes égyptiennes, manifestations du cœur et de l’esprit, art  politique et éphémère dont beaucoup ont risqué leur vie pour l’exprimer.

Heba, Rana et Beshoy font partie de la jeune génération égyptienne qui  ne veut pas qu’on leur confisque leur futur ni leur révolution. C’est ce livre, leur livre que nous vous proposons aujourd’hui et qui a besoin de tout votre soutien pour exister, afin que leur parole ne s’efface pas comme on efface trop facilement le sang des révoltes ou les graffitis sur un mur…

Le streetart, une arme pour la Révolution

Depuis maintenant plusieurs années je m’intéresse de près à cet art de la rue qu’est le streetart. Pour moi c’est un art à part entière et il y a des artistes de grand talent grâce auxquels nos rues sont plus belles. Mais il n’est pas que ça.

Il peut aussi devenir un moyen d’expression pour les opprimés, pour ceux qui n’ont pas droit à la parole. En Egypte, des artistes ont choisi de dessiner sur les murs pour se battre. Le streetart est devenu une véritable arme, des artistes ont risqué leur vie pour faire entendre la voix de tous les égyptiens, ils ont écrit et dessiné l’espoir de toute une génération !

Lisa Klemenz et Leslie Villiaume l’ont bien compris et c’est pourquoi elles sont parties en Egypte alors en pleine révolution afin de réaliser un documentaire pour donner la parole aux différents acteurs de la révolution égyptienne: journalistes, activistes, photographes, graffeurs et cinéastes qui ont décidé de s’exprimer sur les murs en utilisant le graffiti comme moyen d’expression.

Un livre pour donner la parole aux artistes militants

Au fil des pages, il ne faut jamais oublié que les les personnes à l’origine de ces graffitis sont de vrais militants, qui ont pris des risques. Des artistes ont été arrêtés, battus et emprisonnés. Certains sont même morts. C’est pourquoi le travail de photographie fait par Beshoy Fayez ainsi que le documentaire réalisé par Lisa Klemenz et Leslie Villiaume sont très importants car ils sont la seule façon de garder la mémoire de cette révolution.

Les dirigeants tiennent à toujours contrôler l’information et pendant que nous lisons ces mots, il est en projet de « dissuader les auteurs de publier leurs textes à l’étranger en donnant la possibilité aux autorités d’emprisonner quiconque y contreviendrait ». Heba Mahfouz et Rana Hassanein prennent donc un risque énorme en publiant leurs mots dans ce livre. Mais elles refusent de reculer devant la menace.

Pour elles la Révolution ne peut perdurer que si elles font entendre leurs voix au-delà des frontières et elles sont prêtes à risquer leur vie pour ça. Alors (pour moi) acheter ce livre, en parler, l’offrir c’est une façon de porter leur parole pour faire en sorte que ces artistes n’aient pas risquer leur vie en vain, pour empêcher la chape de silence que les dirigeants veulent mettre sur leurs actions.

Je donne la parole à Lisa Klemenz et Leslie Villiaume pour qu’elles nous disent elles-mêmes comment est née cette envie de témoigner…

Les mots d’Heba Mahfouz et Rana Hassanein

Vous l’aurez compris, au départ le projet avait la forme d’un documentaire. C’est pourquoi je disais que « Graffiti baladi » est un livre… mais pas que. Les deux jeunes femmes donnent la parole à celles et ceux qui ont fait la révolution à la fois dans le film mais aussi dans le livre à travers les photos de Beshoy Fayez et les mots de Heba Farouk Mahfouz, journaliste et activiste égyptienne et Rana Al-Hassanein, une jeune révolutionnaire à la « plume » bien pendue ! J’ai donc hâte de me plonger dans ce livre pour découvrir leur témoignage d’un moment incroyable de l’histoire égyptienne.

Alors voilà, il y a de multiples raisons d’acheter ce livre : pour que ce témoignage soit vu et lu par le plus de monde possible et que ces artistes n’aient pas fait tout ça en vain ; parce que tu aimes le streetart ; parce que tu es sensible aux questions de liberté et de révolution… Je suis certaine que tu trouveras en toi LA bonne raison de commander ce livre, pour toi ou (et) pour un proche. Tu peux faire ça sur n’importe quel site de commande en ligne (Amazon ou Fnac entre autre).

Avant de vous laisser, je pose ici les mots d’une des jeunes filles qui a participé à ce projet, Heba Mahfouz. Ce texte sert de préambule à l’ouvrage.

Si seulement vous saviez !

Si vous saviez comme c’est dur de rester là à regarder vos amis se faire battre, se faire tirer dessus, se faire gazer et mourir. Si vous saviez comme c’est dur de voir du sang pour la première fois…

Si vous saviez comme c’est dur pour nous de trahir nos opinions et de rester silencieux. Si vous saviez comme c’est dur de devoir tout le temps justifier ce que vous faites à cause de médias qui ruinent injustement votre image. Si vous saviez à quel point c’est devenu lassant et fatiguant d’essayer d’expliquer et de montrer aux gens la trop évidente vérité. Si vous saviez que nous ne courons pas après le pouvoir et l’argent comme vous le faites… 

Si vous saviez que nous ne luttons pas pour nos propres droits mais aussi pour les droits des plus pauvres, des plus faibles et des moins chanceux. 

Si saviez à quel point nous nous sentons coupables lorsque quelqu’un est affamé ou traité  irrespectueusement. Si vous saviez comme c’est brutal de voir quelqu’un se faire humilier par ceux qui se prétendent « supérieurs et plus puissants »… 

Si vous saviez ccomme c’est injuste de se faire traiter comme un criminel pour avoir voulu un meilleur futur pour votre pays et votre peuple. Si vous saviez que vous avez fait passer nos droits humains fondamentaux pour des noves improbables. Si vous saviez combien on se sent responsables envers les familles de ceux qui sont morts et de ceux qui continuent de vivre en souffrant de leurs blessures… 

Si vous saviez que beaucoup d’entre nous craignent d’avoir une vie normale, de se marier et d’avoir des enfants, par peur que votre injustice ne se mette en travers de leur chemin ou les tue… 

Si vous saviez qu’une balle ne tue pas qu’une seule personne mais une famille entière, beaucoup d’amis, beaucoup de rêves et d’histoires d’amour. Si vous saviez que nous n’osons pas dire à nos parents que nous allons manifestez en affrontant courageusement vos blindés. Si vous saviez que désobéir aux souhaits de nos parents pour rejoindre les manifestations est plus douloureux pour nous que de se faire blesser par les mains de vos miliciens… 

Et si vos milices savaient que nous nous battons aussi pour leurs droits, pour la dignité que vous leur avez fait perdre… Si vous saviez comme c’est douloureux de rester silencieux et comme c’est dur de continuer le combat, vous n’auriez jamais pointe vos armes sur nous !

Voilà je vous laisse maintenant pour aller regarder le documentaire offert à la fin de ce livre magnifique (au sens propre et figuré).

Vous pouvez trouver ce très bel ouvrage publié aux éditions Omniscience dans toutes les bonnes librairies ou le commander en ligne !

Je reste dans le thème avec cette superbe reprise de Christine & The Queens : « Aimer est plus fort que d’être aimé »de Daniel Balavoine.

Cette entrée a été publiée dans : Art urbain, Coups de coeur
Avec les tags : , ,

par

Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

2 commentaires

  1. Pingback: 2014, une année bien remplie | Les petits billets de Miss Acacia

  2. Pingback: « Paris Street Art , le premier abécédaire de l’art urbain parisien | «Les billets de Miss Acacia

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s