Art urbain, Coups de coeur
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 « Sharks In A Fishbowl » : fusion de la musique et du streetart

Le 30 novembre j’ai rencontré Luc Noulez, auteur et chanteur du groupe Sharks In A Fishbowl. Il était accompagné par Pierre Gregori, streetartiste qui a fait la pochette de l’EP et qui participe activement au projet de Sharks In A Fishbowl. Parce que ce groupe de musique et cet EP ça n’est pas que de la musique. C’est avant tout un projet avec une volonté de faire bouger le monde derrière les choix musicaux.

Nous nous sommes retrouvés au Comptoir Général, un endroit incroyable (et à découvrir absolument) dans le 10ème. Cette interview est allée au-delà d’un simple « questions-réponses ». Nous avons eu de longues discussions sur le monde qui nous entoure, sur l’univers de la musique, le streetart (entre autre RueStick, rassemblement qui permet des rencontres qui peuvent faire naitre de nouveaux projets), l’impact des réseaux sociaux pour faire connaître les artistes (tous domaines confondus).

Mais parlons plutôt de leur projet. Je vais essayer ici de transcrire tout ce qu’ils m’ont dit. J’espère être fidèle à leurs mots.

En mars 2013, Luc Noulez a eu envie de créer un projet musical pour « développer un univers plus solo ». Pendant 4 ans il a travaillé avec un autre groupe (Kind of Cute) et il a eu envie de « s’émanciper un peu du rock pur et brut pour arriver vers un style de travail, plus prenant, plus planant qui laisse plus place à l’imagination ». Ca s’est c’est fait grâce à une rencontre avec Laurent Morelli qui a produit et participé à l’écriture de l’EP avec Luc Noulez.

Trois mois de travail intense pour arriver à un très bon résultat. 5 morceaux dans lesquels Luc Noulez a mis tout son univers. Puis le bassiste de son ancien groupe, Arnaud Pebret, vient rejoindre l’aventure.

Ils ont commencé par travailler sur un mélange de beat électronique et d’instruments acoustiques, fusion de l’univers assez froid et entêtant de l’électro avec la chaleur de l’acoustique. Pour les textes ils ont voulu écrire sur ce qu’ils vivent, sur le monde qui les entoure. Les 5 chansons sont comme 5 fables mêlant réalité et surréalisme, tout en dénonçant des choses par la métaphore et l’imaginaire. L’idée de ce projet est de créer une relation avec l’auditeur en lui apportant leurs réflexions sur la société pour le pousser lui-même à réfléchir.

« Clouds » parle de la vie sur un nuage. Comment on voit les choses ? Est-ce qu’on peut en tomber ? Le nuage est la métaphore du confort et de tout ce qui autour de nous nous formate pour qu’on reste dans ce confort. Plus le nuage grossit, plus il s’envole et moins on voit ce qui se passe autour.

« Sharks In A Fishbowl » parle des gens carriéristes, qui ne vivent que pour réussir. Image du requin dans un bocal. Ce sont les gros qui mangent les plus petits. On vit aujourd’hui dans un système dans lequel il n’y a plus aucune solidarité. L’individualisme devient tellement fort que ça fait peur.Il faut être toujours au top et gagner toujours plus d’argent pour consommer encore plus. La solidarité a disparu.

« Legends » parle de cette recherche de cette vérité qu’on fait passer par la religion et la science mais que finalement on ne trouvera peut-être jamais. Sorte d’endoctrinement par la « vérité » qu’on nous impose.

« Breathe » est un message d’espoir.

Cet EP tourne autour de ce thème, de cette attirance que nous avons pour le confort. Pierre Gregori compare les chansons aux images peintes par le streetartiste Banksy. Images très négatives mais qui par certains côté sont très drôles, qui poussent à la réflexion et véhiculent un message d’espoir.

A travers ses chansons Luc Noulez veut essayer d’éveiller les consciences, de pousser les gens à se poser des questions pour ne plus accepter le monde tel qu’on veut nous le vendre. Ils ont l’espoir que les choses peuvent changer. Beaucoup de gens passent à côté de leur vie parce qu’ils sont liés par la chaîne qu’est l’argent. On se laisse enfermer dans un monde superficiel dans lequel seul l’argent a de l’importance. Les hommes deviennent alors individualistes et ne veulent pas voir la misère autour d’eux pour ne pas partager.

Ce projet est totalement apolitique et loin de toute religion. Ils tiennent vraiment à mettre ça en avant. Ils ne veulent être l’objet d’aucune récupération. Pour eux cet EP relève plus d’une réflexion philosophique. Ils décortiquent le monde qui les entoure pour raconter des fables et pousser celui qui l’écoute à réfléchir.

Au moment de faire la pochette de l’EP, Luc a pensé à Pierre Gregori parce qu’ils se connaissent depuis longtemps (plus de 10 ans… ce qui est beaucoup étant donné leur jeune âge…). En regardant son travail (très enfantin et très mature à la fois) il s’est dit que ça pouvait vraiment coller à l’univers créé dans les textes.

Pierre Gregori nous raconte que la première fois qu’il a dessiné c’était sur le papier peint des murs de sa chambre… surement parce que ça ne lui plaisait pas trop et qu’il avait envie d’apporter sa touche personnelle. Suite à ça, ses parents l’ont inscrit à des cours d’art et de musique et il s’est intéressé très tôt à cet univers. Il a appris les techniques pour arriver à donner un sens à ce qu’il avait dans la tête. Longtemps il fera de la reproduction avant de trouver sa patte graphique. Il a même fait des études d’art graphique qui ne l’ont mené nulle part car il s’est rendu compte qu’il n’était pas fait pour ça. Trop de barrières que ce soit du côté graphique ou du côté réflexion. Pour chaque travaux il fallait répondre à un cahier des charges très précis qui éteint toute créativité.Vers 14 ans il commence à s’intéresser aux graffitis.

Depuis il était toujours resté un peu là-dedans. Parce qu’il aimait l’adrénaline générée par l’interdit, parce que c’était un terrain où l’imagination peut s’exprimer librement. Mais là encore il va se trouver limité par le « tag vandal » qui suscite soit l’admiration des gens du milieu, soit la réticence des villes. Il a envie de faire des œuvres qui poussent à la réflexion. Il va alors passer de la technique académique parfaite à une simplification extrême des traits.

Il explique que ce qu’il fait est très simple techniquement, que même un enfant peut reproduire ses dessins. Le plus difficile est justement cette réflexion sur la simplification. Il faut oublier complètement la technique qui permettrait de faire une perspective ou des proportions parfaites pour arriver à un trait simplifié à l’extrême. Il utilise ici la technique de bande-dessinée qu’il adapte à sa sauce pour aller à l’essentiel. Le graffiti l’a aidé à trouver son identité graphique dans le travail de la typo, de la vitesse, des personnages. Ca lui a appris à plus se lâcher pour devenir beaucoup plus créatif.

Leur projet est complètement du « do it yourself ». Ils ont décidé de tout : musique, textes, pochette de l’EP, campagne de com.

Dans l’idée du « do it yourself » il y a celle de tout faire par eux-même. Ce qui laisse une totale liberté dans le projet. Les membres peuvent changer, de nouvelles associations peuvent voir le jour. En fait ils voient le projet comme un collectif artistique. Ils veulent « redonner de l’humanité là où il n’y en a plus dans l’univers de la musique, apporter du positif, de l’espoir ».

Ils tenaient à cette liberté car ils reprochent au monde de l’art en général son uniformisation. En musique tout se ressemble un peu : l’univers musical, les clips… Plus de surprise. Tout ce qui compte c’est le petit scandale qui va faire du buzz quelques semaines autour d’un artiste. Pour eux, aujourd’hui les artistes se contentent de la médiocrité. Ils sont également liés à leur maison de disque qui leur laisse peu de liberté dans leur création.

Et puis Internet a changé beaucoup de choses. En particulier dans le monde de la musique. Avant le peu de moyens mis à la disposition des jeunes les rendait curieux. Ils se déplaçaient beaucoup plus facilement pour aller voir des petits groupes passer sur scène. Finalement aujourd’hui il y a tellement d’informations grâce aux réseaux sociaux que les gens ne sont plus curieux, ils deviennent paresseux. Les gens qui se battent pour faire perdurer la culture sont un peu délaisser au détriment des « gros » qui ont plus de moyens pour faire parler d’eux. Pour eux les gens sont plus dans la consommation que dans la curiosité.Les jeunes piochent un morceaux par ci, un morceau par là mais n’achètent plus d’album complet. Hors un album est un univers à part entière qui raconte une histoire.

La campagne de com se fera autour du personnage principal. Le « fameux » requin qui s’appelle Ripster. Il est un membre du groupe à part entière et participe activement au projet artistique et musical. Il est sur la pochette de l’EP, avec eux pour l’interview, sur les photos et même sur scène. Pour mémoire Ripster est le chef de bande des Street Sharks (dessin animé des années 80). Il va faire du scandale…

Pierre Gregori réalisera des performances graphiques pendant les concerts. Il choisira quelqu’un dans le public qui repartira avec l’oeuvre qu’il aura réalisé. Le but est de créer des échanges avec les gens qui viendront les voir sur scène. Quelle que soit la salleils trouveront toujours le moyen de rester en contact avec le public. Pour eux un artiste ne doit pas être au-dessus de tout. Il doit savoir rester humble et ouvert aux échanges. Le partage est le pilier central du groupe. Partage du CD en le rendant accessible à tous avec un prix libre avec un minimum pour les gens qui n’ont pas trop d’argent. Et ceux qui peuvent le paient un peu plus cher. Partage avec le public lors des concerts en allant discuter avec les gens après pour vendre le CD ou simplement pour discuter en buvant un verre ensemble.Luc Noulez adore avoir de longs débats sur ses textes pour savoir comment ils sont perçus par les gens qui les écoutent. Partage via les réseaux sociaux : ils aiment que les gens leur laissent des messages pour leur dire ce qu’ils ont pensé du concert ou du CD.

Pour conclure voici le message qu’ils veulent faire passer : il faut aller au-delà de ce qu’on veut bien nous montrer et communiquer. Avec sa famille, ses amis, des artistes, des gens qu’on rencontre. Pour essayer de changer les choses. Tolérance, respect, partage, curiosité sont leurs maitres mots pour rendre l’Humain à l’Homme.

Quand à moi je n’aurai qu’un seul message : éveillez votre curiosité ! Ecoutez leur album et allez les voir sur scène. Pour les suivre vous trouverez plein d’infos sur leur page Facebook « Sharks In A Fishbowl ». Vous pouvez aussi les écouter sur Noomiz.

Et bien sur je vous laisse en musique avec « Sharks In A Fishbowl ».

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

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