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Les portraits de Miss Acacia : Littlelilou, semeuse d’Amour

Portrait Littlelilou

Avec cette interview « confinée » je vous emmène à la rencontre de la street artiste Littlelilou pour mettre de la poésie et de l’Amour dans votre quotidien.

J’ai découvert Littlelilou en 2018 grâce à des œuvres déposées près de chez moi, dans le quartier de la Croix-Rousse. A ce moment-là j’en avais trouvé deux que je garde précieusement chez moi. Depuis, je suis avec intérêt son travail et j’avais très envie de la connaître, d’en savoir un peu plus sur elle et sur sa démarche de street artiste.

Elle a accepté cette interview un peu particulière puisque nous sommes chacune chez nous.

Bonjour Littlelilou, peux-tu nous dire d’où vient ton nom d’artiste ?

Je ne parlerai pas de nom d’artiste car je ne me considère pas comme telle. Je dirai plutôt que c’est un pseudo.

Lorsque j’ai créé mon petit personnage, c’était un dessin plutôt enfantin et j’ai trouvé que le prénom Littlelilou lui allait bien.

Quel est ton parcours ?

Je suis passionnée de street art depuis de nombreuses années et j’ai toujours adoré écrire et gribouiller depuis mon plus jeune âge. J’aurais rêvé de faire des études dans l’art mais ce n’était pas le choix de mes parents qui voulaient alors que je fasse des études plus « rassurantes ».

Plus jeune, j’écrivais les paroles de chansons lorsque je chantais dans des groupes de musique. Plus tard j’ai écrit des poèmes que j’illustrais. Mais j’ai toujours fait cela pour moi, pour me faire du bien. Je pense que cela me permettait déjà d’extérioriser des mots et des maux…

Un jour, j’ai croisé des passionnés de street art qui m’ont encouragée à créer quelque chose et à l’offrir aux yeux de la rue. C’était une vraie démarche que j’ai réalisée timidement avec des petits cartons sur lesquels je dessinais de manière très enfantine Littlelilou, à coté de qui j’écrivais quelques vers. Je les plastifiais pour que la pluie ne les abime pas et je les accrochais avec des petits rubans colorés par-ci par-là dans les rues de la Croix-Rousse .

Comment es-tu venu à l’art urbain et pourquoi le street art plutôt qu’un autre art ?

Je « croque » très régulièrement sur des blocs papiers, je réalise quelques tableaux aussi au pastel, à l’acrylique ou au Posca. L’idée de les offrir aux yeux de la rue m’a tout de suite séduite. C’est un vrai concept du cadeau de rue. Ainsi lorsque le passant, qui va au travail le matin, lève les yeux et découvre ce petit cadeau, il arrête son quotidien un court instant pour découvrir, s’interroger, aimer ou pas. Cela est mon cadeau : j’offre un instant de pause imprévu dans un quotidien rythmé et planifié. Parfois, c’est un coup de cœur alors le passant part avec le cadeau pour l’intégrer dans son univers.

J’offre un instant de pause imprévu dans un quotidien rythmé et planifié

Pour tout te dire, cela a commencé dans un hôpital et non dans la rue. Il y a quelques années, la vie m’a contrainte à rester de longs mois dans un hôpital lyonnais. J’ai vu et ressenti tellement de tristesse au milieu des patients que j’ai créé une Littlelilou dans un coquillage.

Pendant que les enfants allaient en soin, j’allais semer les coquillages dans les espaces où ils se rendaient après. Un soir en ressortant de l’hôpital, j’ai vu quatre jeunes enfants, avec leur goutte à goutte, assis dans le hall d’entrée. Chacun avait un coquillage dans la main. Je me suis approchée discrètement et j’ai entendu l’émotion qu’ils avaient de partager des souvenirs de vacances en famille au bord de la mer.

Je me souviens de cette émotion comme si c’était hier. Les sortir de leur quotidien médical ne serait-ce qu’un instant pour les plonger dans des souvenirs positifs m’a beaucoup émue. Alors je me suis dit que cela pouvait marcher ailleurs. Là où l’on ne connait pas la vie des gens que l’on croise et qui pourtant méritent toutes les attentions.

Quel est ton rapport à la rue et à l’espace urbain ? Est-ce que travailler dans la rue a un sens particulier pour toi ?

Pour moi, la rue est un univers très intéressant car il n’existe pas plus vaste public. La rue appartient à tout le monde et il suffit de s’arrêter un instant et d’observer ce que font les passants pour voir quelle diversité de public elle offre. Je trouve cela très intéressant et parfois même surprenant.

Les habitués qui s’approprient les lieux, les passants qui découvrent chaque recoin, les anciens qui ne regardent même plus, les exubérants qui veulent tout partager, les timides mais qui aiment bien regarder même… Mes tableaux s’adressent à chacun d’eux.

Ceux qui n’apprécient pas passent sans porter d’intérêt, ceux qui sont surpris prennent un moment pour se questionner. « Mince, pourquoi c’est ici ? Est-ce que je peux le prendre ? Tiens je n’avais jamais vu cet endroit de la sorte. C’est quoi ça, un tableau ? » Le sens est là pour moi. La rue est un lieu de partage, comme l’art.

La question n’est pas d’aimer ou de ne pas aimer. L’objectif est de susciter un intérêt car il permet alors d’échanger, de parler de ses émotions, de se raconter les souvenirs évoqués, donc d’exister. Pour moi la rue est un support de communication. C’est bien pour cela que l’on souffre en ce temps de confinement ! On ne peut plus communiquer !

Peux-tu nous en dire un peu plus sur tes œuvres ?

Depuis que j’ai commencé en septembre 2018, j’ai réalisé plus de 450 tableaux. Ils ont tous été offerts, soit dans la rue, soit directement à des personnes auxquelles le tableau réalisé et posté sur Instagram avait provoqué beaucoup d’émotions ou encore des commandes personnelles.

Parfois je dessine les pensées du moment, je traduis des émotions perçues par-ci par-là. Une chose rassemble tous les tableaux, c’est l’Amour. Il est la base de chaque création. Je pense vraiment que notre monde manque cruellement d’amour.

Je suis une romantique et tu n’imagines même pas l’émotion que peut me procurer un sourire dans la rue, de voir un jeune couple se séduire, observer un couple veiller l’un sur l’autre malgré les années ou encore je peux avoir les larmes aux yeux en voyant un couple de personnes âgées se tenir la main et marcher ensemble dans la même direction. Je veux voir cela dans mes tableaux, déclencher des émotions, réveiller la bienveillance de chacun, et toujours donner un message positif.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Elles sont multiples, j’aime tellement l’art !

Les musées, les livres que je lis, les mots échangés avec les personnes qui m’entourent, les paysages autour de moi… Souvent ce sont les couleurs qui m’inspirent. Pour moi, elles nourrissent le corps et l’esprit.

Et puis, il y a eu les collaborations avec les autres artistes, dans lesquelles chacun s’exprime tout en respectant l’univers de l’autre. J’adore cela !

Forcément, quand il a fallu créer un univers Littlelilou sur l’ourson de Le Rangdhonneur, cela m’a poussée à la réflexion et à la créativité. Comment pouvons-nous unir nos univers tout en conservant chacun le notre ? Nous devenons alors sources d’inspirations mutuelles. Cela a été le cas ensuite avec Heartcraft, Marquise Streetart, Toki, Barclay et de nombreux autres.

L’art rassemble les Hommes.

En ce moment, je prépare une exposition avec un photographe, L2morcey. Mon travail de dessin vient s’intégrer dans ses photos pour parfois revisiter complètement le lieu d’origine. C’est la passion qui nous inspire tous je pense.

Par exemple, je n’ai jamais rencontré Terouchka, une artiste qui anime des oeuvres de street art. Dès qu’un de mes tableaux l’inspire, elle réalise de superbes œuvres animées.

Quel est le message que tu veux faire passer à travers tes créations ?

Comme je l’ai dit juste avant, l’amour, encore l’amour, toujours l’amour !!!!

Semer l’amour est devenu pour moi un quotidien, que ce soit dans les mots, les dessins ou les attentions… et je peux t’assurer que la vie est tellement plus lumineuse ainsi.

Quelles sont les techniques que tu utilises dans tes créations ?

Je réalise tous mes tableaux au Posca et à main levée. De ce fait, il peut y avoir parfois des problèmes de dimensions que je ne peux pas rattraper ! C’est encore plus vrai avec les tableaux photos dont je ne dispose que d’un exemplaire unique ! Cela rend le défi un peu plus compliqué !

Chaque réalisation est une œuvre unique. Je ne reproduis pas mes tableaux plusieurs fois car je traduis une émotion particulière en le réalisant, qui ne sera pas la même sur le suivant puisque déjà réalisé. C’est pourquoi, chaque modèle respire aussi un univers lors de la création pour moi, une ambiance…

Il y a eu les petits cartons de poèmes plastifiés qui ont été réalisés plusieurs fois. Ils sont même numérotés ! Il en existe dix de chaque. J’ai gardé le numéro 1 de chaque série et semé tous les autres dans les rues. A ce moment-là, je rêvais même de rassembler un jour toutes les personnes qui en avaient cueillis un pour que nous fassions tous connaissance quelque part. Oui, je sais, je suis un peu perchée !

Littlelilou en images

Voici un aperçu des œuvres réalisées par Littlelilou. Pour la suivre n’hésitez pas à vous abonner à son compte Instagram.

Littlelilou en musique

Littlelilou a joué le jeu de la conclusion musicale. Elle a choisi de partager avec nous « Je dis M » de M.

Cette entrée a été publiée dans : Portraits
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Ancienne parisienne devenue lyonnaise… pas très bavarde voire même un peu « sauvage » et surtout passionnée de street art. Flâneuse urbaine, j’aime partager mes plus belles découvertes avec vous !

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