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Portraits d’Afrique avec Seydou Keïta au Grand Palais

Du 31 mars au 11 juillet 2016, le Grand Palais met l’Afrique à l’honneur à travers une rétrospective consacrée à Seydou Keïta.

Quelques jours après l’Asie et l’univers en surimpression de Boris Wilensky et Hurban Vortex, aujourd’hui je vous emmène en Afrique à la découverte des superbes portraits du photographe malien Seydou Keïta. Après Lucien Clergue, les galeries du Grand Palais consacrées à la photographie nous font découvrir les oeuvres de ce photographe autodidacte, né à Bamako en 1921.

Un photographe autodidacte

A l’âge de 7 ans il devient apprenti menuisier dans l’atelier de son père. Son avenir semble tout tracé. Mais, 14 ans plus tard, il découvre la photographie grâce à son oncle qui lui offre un petit Kodak Brownie Flash. Tout de suite passionné, il va apprendre quelques rudiments techniques avec son voisin Mountaga Dembélé, photographe et instituteur.

En 1948, il ouvre son propre studio photo, une pièce de 20 m2 et une cour dans laquelle il réalise la grande majorité de ses photos car Seydou Keïta aime travailler à la lumière naturelle. Afin de mettre en scène ses clients, il leur propose de nombreux accessoires, tels que costumes européens, chapeaux, cravates, montres, bijoux, Vespa… Il séduit ainsi une société qui rêve de modernité, en particulier la jeunesse urbaine de Bamako.

La photographie de Seydou Keïta marque en effet la fin de l’époque coloniale et de ses codes de représentation pour ouvrir l’ère d’une photographie africaine qui affirme son identité. Là où les « indigènes » étaient représentés frontalement, en tant qu’échantillons anthropologiques d’une tribu ou d’une catégorie de population, Keïta privilégie les poses de trois-quart et la diagonale pour magnifier des personnes et non pas des sujets.

En 1963, il est recruté pour devenir le photographe officiel du gouvernement malien et ferme son studio. Il le sera jusqu’en 1977, date à laquelle il prend sa retraite. Il faudra attendre 1991 pour que son travail soit découvert en occident et 1994 pour qu’il fasse sa première exposition à la Fondation Cartier à Paris. Il meurt à Paris en 2001.

L’exposition au Grand Palais

Cette exposition rétrospective présente plus de 200 photographies, dont une centaine de tirages argentiques d’époque, de Seydou Keïta, réalisées de 1949 à 1962. Elle est organisée chronologiquement, ce qui nous permet de suivre l’évolution du travail de l’artiste mais également de la société malienne. Prenez soin de bien regarder derrière les personnes photographiées… Les fonds en tissu utilisés par Keïta sont également un repère chronologique. C’est ainsi qu’il parvenait à dater ses clichés.

Pendant la première partie de la visite, nous découvrons les tirages argentiques modernes que le photographe a réalisés de 1993 à 2011. D’immenses portraits alternent avec des formats plus petits regroupés par thèmes. Par exemple, dans un espace sont regroupés, sur deux murs se faisant face, des portraits d’hommes d’un côté et de femmes de l’autre.

Puis on arrive sur une deuxième partie, la plus émouvante. Là, dans la rotonde, sont rassemblés des tirages « vintage ». Ces 300 tirages d’origine (formats 50 x 60 cm et 120 x 180 cm) en format (13 x 18) et tirages d’origine sont réunis pour la première fois dans le cadre d’une exposition.

Keïta a réalisé la plupart de ces portraits à la chambre 13 x 18 et tirait lui-même ses photographies dans son studio, par contact, à l’aide d’un châssis-presse, sans recourir à un agrandisseur.

C’est vraiment bouleversant de penser que ces photos ont traversé les années et se retrouvent aujourd’hui sous nos yeux, nous racontant l’histoire d’un pays, une époque disparue. On retrouve d’ailleurs la marque du temps, de la poussière, de la chaleur et de l’humidité qui ont marqué les clichés et leur donnent une patine exceptionnelle. On remarque sur certains portraits que Keïta a pris le soin de les « retoucher » en colorisant à la peinture certains éléments comme les bijoux, les coiffes ou encore les ongles des femmes.

Rencontre avec l’artiste

Enfin, pour terminer l’exposition, le Grand Palais nous propose de rencontrer l’artiste à travers des vidéos. Sur un grand écran central est projeté un film qui nous montre l’artiste au travail. Sur deux petits écrans, de chaque côté de cette alcôve, on peut regarder et écouter des interviews ou des reportages réalisés sur l’artiste. J’ai été un peu frustrée sur l’une des télés car le son ne fonctionnait pas. On ne pouvait donc avoir les explications mais aussi, et surtout le son de l’Afrique qui donne vie à ces photos.

On apprend ainsi que Seydou Keïta ne faisait qu’une seule prise pour chaque photo et qu’au sommet de sa gloire il réalisait jusqu’à 40 portraits par jour ! On le voit orienter un visage ou déplacer une main. On admire les tissus tendus en fond ou les belles couleurs des robes des femmes. Pendant quelques minutes ici, mais aussi pendant toute la visite, on quitte Paris pour partir en voyage à Bamako. Ces portraits nous emmènent jusque là-bas, on a presque l’impression d’entendre les sons et les odeurs de l’Afrique. Voilà une exposition qui met du soleil dans nos vies !

Vous n’avez pas idée de ce que j’ai ressenti la première fois que j’ai vu mes négatifs tirés en grand format, propres et parfaits, sans une seule tâche. Je savais à ce moment-là que mon travail était vraiment très bon. Dans mes photos, les gens ont l’air si vivants, on dirait presque qu’ils sont là, debout devant moi.

 Maintenant je laisse la place aux images avec quelques photos prises pendant ma visite. Pour voir l’intégralité du reportage, je vous donne rendrez-vous ici : Seydou Keïta au Grand Palais

Grand Palais, Galeries nationales

3, avenue du Général Eisenhower
75008 Paris

Je vous quitte avec le son de l’Afrique et l’une des belles voix du Mali. Elle est l’ambassadrice de cette grande et superbe exposition et s’appelle Rokia Traoré. Ca n’est pas la première fois que vous l’entendez ici ou sur ma page Facebook. Il faut dire que j’adore cette artiste et le voyage que je fais à chaque fois que je l’écoute.

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

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