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Musée du Quai Branly : The Color Line, une histoire de la ségrégation raciale

Couv color line

Du 4 octobre 2015 au 15 janvier 2017, le Musée du Quai Branly rend hommage aux artistes et penseurs africains-américains qui ont contribué, durant près d’un siècle et demi de luttes, à tenter d’estomper « The Color line ».

The Color Line, l’histoire d’une lutte artistique

Alors que la ségrégation raciale fait encore la Une de l’actualité des Etats-Unis, le Musée du Quai Branly ouvre les portes de son exposition The Color Line. Au travers de 600 œuvres et documents originaux d’artistes africains-américains emblématiques, il nous questionne sur le rôle de l’art « dans la quête d’égalité et d’affirmation de l’identité noire dans l’Amérique de la Ségrégation ?« .

L’esclavage a été aboli en 1865, pourtant la frontière raciale reste bien réelle dans l’esprit de nombreuses personnes. Depuis 150 ans, des artistes africains-américains ont utilisé l’art pour essayer de faire bouger cette ligne pour gagner une place dans la société américaine. Au fil de l’expo, les oeuvres, articles de presse, photos, films… retracent l’histoire de la ségrégation et de la lutte des noirs aux Etats-Unis.

Libres, mais noirs… La reconstruction

Après la guerre de Sécession commence la période dite « de reconstruction ». Malgré le véto de Johnson, le Civil Rights Act est promulgué en 1866. Il déclare tous les individus nés aux Etats-Unis, à l’exception des Indiens ( !!!), citoyens du pays.

Le 14e amendement de la Constitution, ratifié en 1868, accorde pour la première fois la citoyenneté et l’égalité devant la loi et sans distinction, à toute personne née ou naturalisée aux Etats-Unis. Enfin, le 15e amendement, ratifié en 1870, interdit aux Etats de refuser le droit de vote à quiconque (enfin seulement les hommes… les femmes devront attendre 1920) au nom de motifs tels que race, couleur ou condition antérieure de servitude.

La place des Africains-Américains dans l’Art

Dans la 2e moitié du 19e siècle, le spectacle « blackface » est joué par des comédiens blancs grimés en Noirs. Il a pour but de ridiculiser les Africains-Américains souvent traités de « coons » (abréviation de raton laveur). Les Noirs sont ainsi caricaturés sur des partitions de « coon songs » ou sur des affiches de spectacles.

Le comédien noir Bert Williams anoblit le personnage blackface en « instillant » une distance entre le noir supposé comique du maquillage et celui de sa véritable couleur de peau.

En 1900, l’Exposition universelle de Paris sera l’occasion d’une incroyable manifestation de fierté sociale et culturelle noire. « L’exposition des Nègres d’Amérique » est présentée dans le Palais de l’économie sociale. Elle va permettre de présenter un vaste ensemble de livres, périodiques, pamphlets, archives, partitions musicales, études sociologiques, photographies réalisés par des Africains-Américains illustrant l’histoire et la vie des Noirs aux Etats-Unis depuis leur émancipation. Elle offre au regard du monde un autre visage de l’Amérique, celle des Noirs « égaux mais séparés » par la fameuse « Color Line ».

Les Africains-Américains vont retrouver un peu de leur fierté grâce au sport. Tout commence le 4 juillet 1910 lorsque le boxeur noir Jack Johnson met K.O. le boxeur blanc James Jeffries. Viendront ensuite Joe Luis, Sugar Ray Robinson et Mohamed Ali.

Tout comme dans la musique, le sport est l’une des activités où la communauté noire a pu engendrer des héros populaires leur permettant d’avoir une meilleure image d’eux-mêmes que celle que leur offre le racisme.

La guerre 1914-1918

Plus de 200 000 soldats africains- américains ont participé à la guerre mais un grand nombre fut maintenu dans des taches subalternes loin des combats.

Seule une division placée sous commandement français échappa à ce sort. La bravoure des soldats leurs valut la Croix de guerre du Gouvernement français et le surnom de « Hellfighters » (combattants de l’enfer).

De retour au pays, ils ne furent pas récompensés pour leur bravoure ! Ils retrouvèrent la ségrégation, les émeutes racistes et les meurtres arbitraires. Certains vétérans furent même lynchés alors qu’ils portaient encore leur uniforme.

Séparés par la « Color Line » même dans le cinéma

La production cinématographique a longtemps été confinée à une sorte de « race cinema », tout comme pour les disques destinés au public africains-américains appelés « race records ». Du western à la comédie romantique, tous les genres sont représentés dans des productions « all colored cast ». Ces termes figurent sur le plupart des affiches publicitaires.

Il faudra attendre la fin du 20e siècle pour des réalisateurs noirs (comme Spike Lee) réussissent à se faire une véritable place dans l’industrie du cinéma.

1880-1980 : cent ans de lynchage

A l’entrée de cette partie de l’exposition une petite pancarte nous prévient que nous pouvons être choqués par ce qui suit… Et effectivement, les œuvres et documents exposés ici sont violents. Ils nous parlent des lynchages dont plusieurs milliers de Noirs furent victimes pendant 100 années.

Certains lynchages (souvent accompagnés de tortures) étaient annoncés à l’avance dans les journaux et attiraient des foules. Des cartes postales de cette époque en témoigne tragiquement.

En 1910 est créée la NAACP (National Association for the Advanced of Coloured People). Elle a tenté de lutter contre les lynchages mais sans grand succès. De nombreux artistes ont également participé à ce combat. Deux expositions furent même consacrées à ce thème en 1935. La célèbre chanson « Strange fruit » interprétée par Bllie Holiday les évoque également.

1939-1945 : une nouvelle guerre et toujours la ségrégation

A partir de 1910, prés de deux millions de personnes migrent du sud vers le nord des Etats-Unis car il y était plus facile de trouver du travail et le racisme un peu moins important.

Comme lors de la 1ère guerre mondiale, les Noirs furent recrutés en masse (près d’un million) et subirent la ségrégation maintenue par l’armée. Ils n’eurent accès qu’à des tâches subalternes. Seuls quelques-uns réussirent à devenir pilotes d’avion .

Harlem le « Ghetto noir »

Impossible de consacrer une exposition aux Africains-Américains sans parler de Harlem.

Dans les années 20, Harlem a été considéré comme la « capitale mondiale » de la culture noire. Mais en 1963, elle devient le« cancer de l’Amérique » sous la plume de Chester Himes. Puis en 1965, le sociologue Kenneth Clark lui donne le nom de « Ghetto noir ».

Harlem est une ville dans la ville, isolée du reste où les Africains-Américains vivent « séparés » des autres américains. De nombreux artistes africains-américains lui ont consacré des œuvres (chansons, livres, peintures, photos…).

La lutte pour la conquête des droits civils

L’année 1955 fut marquée par l’assassinat raciste du jeune Emmett Till et par l’acte héroïque de Rosa Parks à Montgomery. Cette lutte pour les droits civils culmine en aout 1963 lors de la grande manifestation de Washington, rendue célèbre par martin Luther King et son discours « I have a dream ».

Pendant deux décennies de nombreux citoyens Africains-Américains ont donné leur vie dans ce combat. Les groupes activistes noirs se multiplient (comme les Black Panthers). Deux noms firent le tour de la planète à cette époque : Malcom X assassiné en 1965 et Angela Davis emprisonnée en 1970. Des manifestations racistes répondent avec violence à cette lutte.

De nombreux artistes ont également participé au combat à travers leurs œuvres.

The Color Line une exposition pour tous

Au cours de la visite, nous avons croisé un groupe d’enfants accompagnés d’une guide. J’ai trouvé ça vraiment bien. Et je pense que ce serait une très bonne initiative si de nombreux établissements (de l’école primaire au lycée) emmenaient leurs élèves découvrir cette exposition. En cette période où l’intolérance fait (malheureusement) de plus en plus partie  de notre quotidien, je crois que « The Color Line » permet  de voir jusqu’où le racisme peut aller et ce que des hommes peuvent infliger à d’autres hommes sous le simple prétexte de leur couleur de peau.

Je vous offre ici quelques photos de ma visite (il y en a beaucoup plus ici dans cet album The Color Line au Musée du Quai Branly ) pour vous raconter l’Histoire. Mais elles ne peuvent remplacer une visite sur place pour prendre le temps de regarder, de lire, de réfléchir,  de s’émouvoir…

Musée du Quai Branly
37 Quai Branly
75007 Paris

Pour terminer ce billet une seule chanson était possible. Voici « Strange fruit » chantée par Billie Holiday.

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

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