Art urbain, Expos
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Mademoiselle Maurice ​et sa « Rainbow Mutant Nation » à la galerie Mathgoth

Du 11 mars au 9 avril 2016, Mademoiselle Maurice expose ses origamis à la Galerie Mathgoth. Après avoir déposé ses pliages sur les murs des villes, la jeune artiste nous livre quelques oeuvres à la taille de la toile.

Distillant une poésie visuelle composée de minuscules pièces pigmentées, Mademoiselle Maurice se distingue par une palette vitaminée pour transposer l’origami, cet art minutieux et délicat, dans le contexte de la rue : un défi sans précédent que relève l’artiste papivore depuis 2010 avec l’énergie que l’on sait.

« Rainbow Mutant Nation » s’adresse à notre civilisation en mutation, les oiseaux pliés représentant (entre autres) des aborigènes résistant à la mondialisation. Les créations de Mademoiselle Maurice renferment un message résolument positiviste, bâtissant un pont – le fameux arc-en-ciel – entre nous, citadins « embitumés », et ces hommes et femmes qui vivent en harmonie avec la faune et la flore, que nos modes de vie mettent constamment à mal.

Mademoiselle Maurice ne fait pas qu’interpeller ses contemporains sur le rapport de l’humain à son environnement : elle propose une forme de connectivité pure et primitive entre les êtres. Ses créations mettent en évidence la dualité de deux mondes opposés : le nôtre, en passe de désaturation totale, et celui notamment des aborigènes dont l’expression jaillit dans les tonalités de la nature et ses formes géométriques – triangles, cercles, hexagones – que l’on retrouve à différentes échelles dans son travail.

Depuis 2014 et la Nuit Blanche à la Halle Freyssinet, je vous ai parlé des jolis origamis de Mademoiselle Maurice à plusieurs reprises. Elle avait réalisé d’énormes suspensions et des fresques à la piscine Molitor. Je l’avais vue à l’oeuvre lors de La Voie est Libre en 2015. En mars 2015, elle avait également investi les murs du WIP à La Villette pour y déposer ses messages colorés qui nous interrogent toujours sur notre rapport à l’environnement et à l’urbanité.

La galerie Mathgoth

Mademoiselle Maurice ne s’est pas contentée d’accrocher des toiles au mur. Elle a totalement investit l’espace en collant des laies de papiers transparents de couleur sur les vitres de la galerie mais également sur celles qui entourent le jardin central. Elle a aussi suspendu de jolies plumes blanches, une flèche ou encore des pôts-origamis, sorte de lampes tempêtes au milieu de la végétation. Ainsi la poésie de Mademoiselle Maurice n’est pas seulement sur les murs mais tout autour de nous, et même au-dessus de nos têtes…

Ce qui me plaît particulièrement quand je vais à la galerie Mathgoth c’est discuté avec Mathilde (c’est aussi pour ça que j’aime y aller en dehors des vernissages…). Elle aime vraiment les artistes qu’elle expose et s’intéresse à leur travail d’aujourd’hui mais pas seulement. Elle connaît leurs débuts, leurs tâtonnements, leurs évolutions… Alors elle a toujours des petites anecdotes à raconter, des bouts de l’histoire des artistes. Samedi, elle nous a expliqué comment Mademoiselle Maurice a commencé à poser ses origamis dans la rue.

Les premiers origamis de Mademoiselle Maurice

Il y a 5 ans, le 11 mars 2011 a eu lieu le séisme de la côte Pacifique du Tōhoku au Japon qui a provoqué un tsunami. La vague a atteint une hauteur estimée à plus de 30 m par endroits, parcourant jusqu’à 10 km à l’intérieur des terres, ravageant près de 600 km de côtes et détruisant partiellement ou totalement de nombreuses villes et zones portuaires. Sur ces côtes se trouvent 4 centrales nucléaires dont celle de Fukushima.

Lorsque ce terrible événement se produit, Mademoiselle Maurice est au Japon. Elle y apprend l’art des origamis. Immédiatement après l’accident, tous les étrangers sont rapatriés. Très choquée par ce qui vient de se produire, l’artiste rentre en France. Par réaction et en signe de soutien, son premier geste a été d’aller coller des origamis pour écrire le mot NO. Les premiers sont blancs en signe de pureté. Elle s’inspire également de la légende japonaise qui raconte que quiconque plie mille grues dans l’année voit son voeu exaucé et de l’histoire de Sadako, petite fille ayant vécu le drame d’Hiroshimase qui se battait contre la maladie en confectionnant des grues de papier.

Pas très convaincue par cette couleur, elle teste le rose, puis le rouge ou encore le bleu. Finalement, c’est en mélangeant toutes les couleurs qu’elle arrive à ce qu’elle veut. Elle se bat ainsi  contre la monotonie et la tristesse des villes en semant ses origamis colorés.

Vous l’aurez compris, la date de son exposition n’est pas due au simple effet du hasard. Le 11 mars 2016, 5 ans exactement après la tragédie humaine et écologique, elle veut rendre hommage aux victimes et nous interroger sur la protection de la planète.

Un monde mutant

Cette fois encore, elle utilise son art pour nous questionner sur l’environnement et l’impact des actions de l’Homme. Elle a réalisé plusieurs tableaux noirs ou blancs sur lesquels ses origamis semblent encore plus éclatants de couleur. Elle joue sur les formes, triangles, cercles, hexagones, toutes symboliques. Mais aussi sur les couleurs qui représentent la nature dans ce monde noir et déshumanisé.

Pour cette exposition, elle aussi imaginé des oeuvres en volume, sous la forme de trois habitations. Ce projet s’appelle « Chimère architecturale ». Il y a la première maison, The Beginning, toute simple, dans laquelle l’Homme vit dans peu d’espace avec le strict confort nécessaire. Puis « Evolution » nous montre que l’Homme a voulu plus grand et plus confortable, avec l’arrivée de la technologie (on voit apparaître une antenne télé sur le toit). Et enfin, The End, les habitations d’aujourd’hui, toujours plus grandes et plus hautes. Elle veut ainsi montrer que l’Homme veut toujours plus… plus haut, plus grand, plus confortable, plus facile… même si ça doit être au détriment de l’environnement.

Elle a également joué sur l’humour en proposant à la vente des « origamis en sachets » de 1 gramme vendu au prix de la cocaïne…

Voici quelques images pour découvrir la poésie colorée de Mademoiselle Maurice. Je vous en offre quelques-unes ici mais tout est là : « Rainbow Mutant Nation », Mademoiselle Maurice à la galerie Mathgoth !

Galerie Mathgoth
34, rue Hélène Brion
75013 Paris
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures, ou sur rendez-vous

Je reste dans le thème avec ma conclusion musicale et Zazie.

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

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