Coups de coeur
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« Le Vestibule des causes perdues »

Ma rencontre avec ce roman est le fruit du hasard. J’attendais pour commander « En finir avec Eddy Bellegueule » dans ma librairie de quartier et pour passer le temps je faisais un petit tour parmi les autres livres. Je furetais deci delà lorsque mon regard a été attiré par cette couverture rouge. Puis il y a eu le titre : « Le vestibule des causes perdues ». Et enfin, la quatrième de couverture.

C’est l’histoire de Mara, de Robert, de Sept Lieux, d’Henrique, de Bruce, de Clotilde, de cet homme qu’on appelle le Breton, de Flora et d’Arpad. Un retraité, un joueur de guitare, un cow-boy, un exégète de Claude Simon, une brunette maigrichonne, un taiseux, une grande bourgeoise fatiguée, un gars que la vie un jour a pris pour un punching-ball. L’histoire de gens qui dans leurs existences urbaines n’avaient aucune chance de se croiser, mais qui tous, un jour, enfilent de grosses chaussures, un sac à dos et mettent le cap vers les confins de l’Espagne, le bout du monde, la fin de l’Europe : Saint Jacques de Compostelle. Sans se douter que ce chemin vieux comme les contes emporte ceux qui l’arpentent bien plus loin que ce qu’ils pouvaient imaginer.

Voilà. C’est comme un coup de foudre. On ne sait pas vraiment dire pourquoi on a eu envie d’aller plus loin, d’en savoir plus. Une attirance inexpliquée. Bien sur, parfois, le coup de foudre se révèle trompeur. L’apparence n’allant pas avec ce qu’il y a « dedans ». Mais d’autre fois, le charme perdure. Comme là, avec ce roman. Au moment où je commence mon billet je suis entrain de le lire. Je n’ai pas pu attendre de l’avoir fini pour en parler. Parce que des mots naissent dans ma tête au fur et à mesure.

Tout d’abord, il y a les personnages, tous très attachants. On ne sait pas vraiment qu’elle est l’histoire de chacun ou pourquoi ils sont là. On sait seulement qu’ils sont à un moment de leur existence où ils ont eu besoin de prendre de la distance avec leur vie. Pour ça ils ont décidé de faire le grand pèlerinage du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Alors on les suit sur les 1600 km qui mènent du Puy-en-Velay jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle (environ 2 mois de marche).

Au fur et à mesure des étapes, les marcheurs solitaires vont se croiser, se revoir, s’entraider dans les moments de doute et des liens vont se tisser. Parce qu’ici peu importe d’où l’on vient, quel âge on a ou quelle langue on parle car la seule chose importante est d’arriver là-bas au bout de l’Espagne.

« Si vous saviez… On en a tous, de drôles de raisons d’être là. Faudrait faire la liste. Une vraie cour des miracles. »

Au fil des pages on apprend à connaitre chaque personnage et à les aimer. Tous. Même les taciturnes. Parce qu’on sent en chacun d’eux les blessures que la vie a pu leur faire. Et doucement, au rythme de la marche on en découvre un peu plus. Et surtout, on évolue avec eux. On vit ce changement qui s’opère en eux. On sent qu’à leur arrivée à Saint-Jacques de Compostelle ils ne seront plus les mêmes. Chacun se sera délesté de cette « pierre » qui pèse sur sa vie.

Les mots de Manon Moreau nous emmène réellement en voyage avec ses personnages. A chaque fois que je reprend ma lecture j’ai l’impression de faire la prochaine étape avec eux. Et je me surprends à rêver de le faire, moi aussi, ce pèlerinage. Même si ça n’est pas toujours un plaisir. Parce que ces jours de marche sont parfois difficiles. A cause de la pluie, des ampoules, du corps qui se rebelle. Mais chaque soir, quand ils se retrouvent autour de la table dans les refuges, la chaleur humaine les réconforte.

L’envie de faire ce pèlerinage naît très vite à la lecture de ces mots. Parce que nous avons tous nos causes perdues et que ce chemin semble permettre de les accepter. Pour les laisser tout au bout. A Saint-Jacques. Parce que ce chemin rend plus fort. Au bout on trouve la paix. La sérénité. Parce qu’il ne faut pas croire, avec ce titre « Le Vestibules des causes perdues », que ce roman est triste. Pas du tout. Il est empli d’humanité et permet de comprendre que oui, en effet, nous avons tous nos causes perdues, mais que nous pouvons les déposer quelque part, comme des pierres trop lourdes qui nous empêcheraient d’avancer, pour aller vers l’avenir, vers d’autres causes qui ne seront pas perdues…

Pour mettre de la musique en cours de billet, voici une chanson « entendue » pendant la lecture… C’est Babel qui nous la présente. Les paroles sde cette chanson illustre ce qu’on gagne sur le chemin…

« Pour n’être pas désolée pour n’être pas comme il faut
Pour profiter d’exister sans toujours chercher mes mots
Pour mes larmes de crocodiles pour mes trop-pleins d’enthousiasme
Mes moments un peu futiles mes parades devant la glace
Je ne m’excuse pas je ne m’excuse pas »

Pour le reste des paroles, c’est ici…

Avant de vous quitter, je veux vous offrir quelques jolis passages du livre.

« Des bleus à l’âme perchés sur les lits superposés, des plaies, des blessures des brûlures au coeur, on n’en manquait pas ici ; et tout ce petit monde cabossé se tenait chaud, au frais des fontaines, au bord des chemins, le soir dans les refuges. »

« Mara pensa oui, une sacrée arche de Noé. Et que l’ensemble des petits désastres de chacun, si on les additionnait, auraient bien la gravité d’un déluge »

« Il pleut ce jour-là à Paris et l’homme marche.
Pas comme les autres, les passants, les badauds, les étudiants du Quartier Latin.
Lui marche vers quelque chose, vers quelqu’un, peut-être. Il va son chemin, sa vie tient dans ses pas. Tendu vers le haut de la rue, au-delà du périphérique, au-delà de la campagne sage. Par-delà les champs.
Il échappe au monde alentour, les voitures, les gouttes d’eau sales, où va-t-il, on ne sait pas. Il s’échappe et le lourd sac dont son dos est chargé n’y fait rien : désormais plus rien ne l’arrêtera. Son indifférence est une insolence, il attire les regards fascinés et envieux. D’autres le prendront pour un fou, un vagabond, avec ce bâton de bois comme un prédicateur, ce coquillage rose accroché à son sac.
Peu lui importe, il n’est déjà plus là. »

« Cette rencontre, c’était improbable au plus haut point de l’improbabilité, peut-être qu’on ne pourrait jamais expliquer ce qui fait que deux personnes si éloignées l’une de l’autre se plaisent à cheminer ensemble. Quelque chose comme la part des anges, un phénomène qu’il avait appris pendant sa formation de cuisinier. On les avait emmenés visiter un cru classé, visite des caves et tout le tintouin. Le vigneron leur avait expliqué la part des anges : c’est ce que les anges sifflent en douce dans les barriques de vin. Certains l’appellent évaporation, mais allez savoir… Depuis Robert avait retourné l’idée dans tous les sens, et en avait conclu que la part des anges, c’est ce qui t’échappe, que tu ne comprends pas, que tu ne comprendras jamais. Sa rencontre avec Flora, c’était itou : la part des anges. »

« De toute façon le chemin fait bien les choses, la vie s’applique, ceux qui doivent se trouver se trouvent, personne n’y coupe. »

« – N’empêche tous tes bouquins, ça ne vaudra jamais le soleil quand tu marches, comme aujourd’hui. Quand tu lis t’es enfermé, t’es pas dehors, tu bouges pas, tu marches pas.
– Pas du tout, il y a des livres qui voyagent et d’autres qui te disent de partir ».

« La petite voix qui la traite de menteuse, c’est celle de la fée Clochette. Une Clochette espagnole, aussi petite et gironde que celle de Peter Pan, mais brune comme une olive, et fringuée comme une héroïne d’Almodovar. Tombé d’une aile d’éolienne, elle avait pris place sur le sac à dos de Mara. »

« Depuis des semaines elles pérégrinaient, laissant derrière elles les vieilles peurs, les chagrins, les robes de tristesse. Sûr qu’à la fin du chemin, elles seraient toutes neuves. Resterait l’essentiel, juste l’essentiel »

« Personne ne saurait jamais ce qu’il avait raconté ce soir-là, quels étaient ces mots qui appelaient ses silences, et ces autres, qui le faisaient sourire, personne ne saurait jamais, même Mara se r-garderait bien de lui demander. Mais chacun avait reconnu l’essentiel. Lignes de crêtes, matins fervents, rivières, poussière, lassitude, forêts et rencontres, toute la beauté du chemin se promenait dans les mots d’Arpad ».

Je termine ce billet avec la chanson qui emmène un des personnages sur le long chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

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