Coups de coeur
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« Marseille noir », un certain regard sur Marseille

Cette anthologie n’est ni une somme, ni une compilation, encore moins une énumération des lieux emblématiques de la cité. Un anti-guide ? Peut-être. Si Marseille Noir trouve son homogénéité, c’est surtout parce que les auteurs placent la ville au cœur du récit, qu’elle y est omnisciente et omniprésente, tel un personnage à part entière et récurrente. » Cédric Fabre

Pour mon anniversaire, une amie de (très) longue date marseillaise m’a offert le recueil de nouvelles « Marseille noir ». Je ne parle ici de tous les livres que je lis. Seulement ceux pour lesquels j’ai un vrai coup de coeur. Parce que ça me donne envie de partager mon plaisir avec vous et de vous donner envie d’aller dans la librairie la plus proche pour l’acheter. Alors je vais essayer de vous en parler et de faire naître le désir…

« Le style noir, c’est la violence sociale adaptée à littérature. Ce n’est pas vraiment du polar avec des enquêtes policières mais du roman social ancré dans des lieux urbains, imprégné d’une histoire sociale. »  Avec ces quelques mots l’écrivain Cédric Fabre nous présente l’idée de ce livre dont il a coordonné l’écriture. 14 nouvelles, 14 auteurs, 14 quartiers de Marseille. Car telle était la consigne : chaque auteur devait écrire une nouvelle sur un seul quartier de Marseille. Alors, à travers ces 14 histoires « noires » on plonge dans la vie intime de Marseille et on (re)découvre des quartiers souvent arpentés mais aussi inconnus pour certains.

Pour comprendre il faut déjà présenter la maison d’édition : Asphaltes. Elle a été créée en 2010 par Estelle Durand et Claire Duvivier, deux femmes « passionnées de culture urbaine, de littérature contemporaine et de bourlingages en tout genre ». De cette passion est née la collection « Asphaltes Noir » : chaque recueil est consacré à une ville et « l’explore sous l’angle de la littérature noire, en offrant des nouvelles inédites d’auteurs confirmés et de nouvelles plumes. » Après Brooklin, Barcelone, Rome, La Havane ou encore Paris (un billet devrait arriver…), le petit nouveau nous fait visiter Marseille.

Tous les auteurs sont marseillais de naissance ou d’adoption alors ils connaissant bien la ville. Ils nous offrent ici la face sombre de Marseille. Forcément c’est le thème. Quartier par quartier on plonge dans le monde des voyous, de la violence, de la proximité, du bruit. Mais il faut bien le dire, tout ce « noir » est un vrai bonheur. J’ai trouvé les textes assez inégaux car il y a ici autant de styles que d’auteurs. Tous ne m’ont pas captée avec la même force. Et j’ai quelques préférés qui m’ont émue ou fait rire. « Sous peine de poursuites » de Pia Petersen ; « Katrina » de François Beaune (avec celui-là j’ai beaucoup ri. J’ai adoré le style d’écriture.) ; « Je partirai avec le premier homme qui me dira je t’aime » de Marie Neuser (très émouvant cri(me) d’amour) ; « Extrême-Onction » de François Thomazeau (l’histoire secrète des 4 tribunes du stade Vélodrome, excellent) ; « Le problème du rond-point de Philippe Carrese (une incroyable histoire de rond-point) ; « Le silence est ton meilleur ami » de Patrick Coulomb (un prof qui devient dingue à cause d’un voisin bruyant)ou encore le surprenant « Joliette Sound System » de Cédric Fabre.

Les nouvelles ont été imaginées par Christian Garcin, Pia Petersen, René Fregni, Emmanuel Loi, Philippe Carrese, François Beaune, Rebecca Ligheri, Minna Sif, Marie Neuser, Serge Scotto, Salim Hatubou, François Thomazeau, Patrick Coulomb, Cédric Fabre.

Pour vous donner une idée voici quelques passages (ou phrases) qui m’ont plu.

« Marseille était la ville des possibles, on disait depuis longtemps, depuis une éternité que bientôt les affaires reprendraient et la ville deviendrait importante, c’était une ville où les cartes étaient toujours à redistribuer, où tout était encore à faire, où rien ne semblait jamais fini ni abouti pour de bon, une ville de son temps, bancale et insolite parce que les fonds économiques étaient détournés par les fonctionnaires et par les politiques. À Marseille, on était en famille. » Pia Petersen, « Sous peine de poursuites – Un conte marseillais »

« Enfin c’est la piscine quoi. La sueur dégouline par les cheveux, les bras jusque dans les portables qui font aussi l’application cuvette de chiottes maintenant, avec les satellites. Les petits glissent les doigts sur leurs écrans de fruits. Il y a ce jeu depuis un moment, le petit gros assis à côté de moi, en jogging Adidas, son iPhone couvert de pastèques, de bananes qu’il éclate de l’index, je me dis que c’est de pire en pire. Il te fait une chakchouka ce petit con de merde. Il sent bon le savon, ça va. Tout muet sans rien dire il te défonce l’entier marché de Noailles. Tu parles qu’il va pas faire l’ENA comme choix de BTS. Sans doute son père est primeur, et lui quand il a une pause il encule des pastèques pour passer son Oedipe. J’ai fait un stage de psycho récemment, je sais de quoi je parle. Tu veux en faire quoi après de ce genre de gosses ? Tu vas leur expliquer qu’il faut pas tuer des fruits ? » François Beaune, « Katrina »

« Cette nuit, je découvre que tu n’es qu’un monstre d’égoïsme. Je commence à songer que je mérite mieux. Je sais aimer doucement, tendrement, profondément. Je sais construire et ne pas douter. L’amour que je sais donner n’est pas un tag, c’est un tatouage, qui ne se délave pas même si la peau prend un coup dans l’aile. J’ai un cul magnifique et un cerveau qui roule. Je peux être maternelle et salope, sainte et putain. Je peux lire et jouir en même temps. Je pense que beaucoup seraient heureux de me trouver sur leur route. » Marie Neuser, « Je partirai avec le premier homme qui me dira je t’aime »

« Parce qu’à Marseille, le vrai problème, c’est qu’il est plus facile d’aller exécuter un contrat que de circuler en bagnole » Philippe Carrese, «  »Le problème du rond-point »

« Quel dommage de devoir se débarrasser d’un bon roman, quand on y pense… » Patrick Coulomb,  « Le silence est ton meilleur ami »

Vous l’aurez compris ces nouvelles offrent un regard noir sur la ville en nous montrant ses mauvais côtés. Mais Marseille ça n’est pas que ça. C’est aussi une ville à la lumière incomparable. Un mélange de peuples qui peut devenir une vraie richesse culturelle. Tout comme à Paris, j’aime déambuler dans ses rues pour sentir battre son coeur, découvrir des trésors (du streetart… mais pas que…) que l’on ne voit qu’en prenant son temps. Et puis il y a la mer, ses calanques aux couleurs incroyables. Je crois que si je quittais Paris, ce serait une ville où je pourrais vivre… Voilà, j’ai fait ma déclaration d’amour pour cette ville. Ca tombe bien car j’y serai dans quelques jours. Je vous en offrirai quelques images.

Alors en guise de conclusion de ce billet je reprendrai les mots de Jean-Claude Izzo « On ne comprend pas Marseille si l’on est indifférent à sa lumière. Elle oblige à baisser les yeux ».

Pour aller avec l’ambiance noire de ce livre, voici Jack The Ripper. Ces albums sont de petits bijoux…

 

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

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