Coups de coeur
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« Le chagrin », de Lionel Duroy

Je viens de terminer ce magnifique roman autobiographique de Lionel Duroy. Et je le quitte avec regret tant j’ai aimé le suivre dans son parcours chaotique.

Tout commence pendant l’occupation, avec la rencontre de Théophile, aristocrate désargenté (famille au nom à particule : Dunoyer de Pranassac) et Suzanne, tout droit sortie de la petite-bourgeoisie bordelaise. Famille catholique et d’extrême droite, ils admirent Pétain, déteste de Gaulle, soutiennent l’OAS pendant la guerre d’Algérie, appellent les arabes « les bicots » et se méfient des juifs. Voilà pour le contexte familiale. Ils auront ensemble 10 enfants, dont Lionel Duroy.

L’auteur nous raconte son histoire familiale, qui se déroule des quartiers chics de Neuilly aux cités dortoirs de Rueil, en passant par Bizerte. Très vite on comprend que la mère est une femme à l’ambition démesurée qui n’acceptera jamais le train de vie imposé par le maigre salaire de son mari VRP et sa nombreuse progéniture. Elle finira par en devenir une sorte de « Folcoche » qui terrorise son entourage, humilie sans cesse son mari qui pourtant essaie encore et toujours de maintenir la famille à flots. Pour cela, il va devenir un escroc à la petite semaine, champion des magouilles avortées qui entraine sa famille dans la faillite et la fuite en avant pour échapper aux huissiers. Au milieu de tout ça, les enfants se débrouillent pour survivre. La scolarité est chaotique. Lionel Duroy arrêtera d’aller à l’école pendant plusieurs années faute de moyen.

Malgré le tableau que je viens de vous dresser, l’auteur ne fait jamais dans le misérabilisme. Pas d’autoapitoiement. On ressent plutôt en lui le besoin d’écrire pour se libérer, pour ne pas sombrer dans la folie. Il nous dit la haine de cette mère irresponsable, trop occupée à ruminer sa rancoeur et sa frustration de ne pas avoir la vie dont elle avait rêvé. Il y a des moments de grandes violences psychologiques et on comprend que cet enfant soit devenu un adulte tourmenté. Il ne cherche pas à régler ses comptes ou obtenir la compréhension de sa famille. Pour preuve, il publiera son premier roman « Priez pour nous » contre l’avis de ses frères et soeurs qui vont alors se liguer contre lui, se rassemblant autour de leur mère pour la protéger.

Il est le seul enfant de cette fratrie à avoir besoin de dire pour s’en sortir. Peut-être cela s’explique-t-il par la « place » qu’il a eu a sein de cette famille. Depuis sa plus tendre enfance, sa mère l’a mis à part parce qu’il est le seul à ne pas ressembler à sa famille à elle. Physiquement il est le portrait craché de son père. C’est un Dunoyer de Pranassac ! Alors il passera une grande partie de sa vie à essayer de se faire aimer de sa mère, passant de la haine à l’amour pour revenir à la haine. A l’heure des premiers amours puis sa vie durant, ses relations avec les femmes seront compliquées et douloureuses. Ils les aimera mais en aura toujours peur, séquelle de ses traumatismes d’enfant lié à cette mère glissant dans la folie. Il passera également de nombreuses années à chercher sa place dans la fratrie. Il voudrait être accepté par ses deux frères. Mais il reste le petit qu’on n’a pas envie d’emmener. Les autres sont les « petits » et ne l’intéresse pas.

Il nous parle aussi de ce père qu’il regarde comme un héros. Quelle complaisance dans sa façon de parler de lui. Bien sur, c’est un petit escroc qui n’arrivera pas à sauver sa famille du naufrage et n’osera jamais affronter sa femme pour essayer de lui faire entendre raison. Au lieu de ça, il ment, se cache, fait semblant. Quand les enfants ne sont plus scolarisés faute d’argent, il les emmène avec lui le matin quand il part travailler et ils attendent dans la voiture à longueur de journée. Pour calmer Suzanne, il fait miroiter un projet de déménagement pour revenir à Neuilly… il attend une réponse, qui ne viendra jamais. Mais l’enfant qu’il est alors ne voit qu’un homme qui réinvente la vie grâce à son bagout et qui arrive à apporter un peu de répit en calmant sa mère.

Bien sur, c’est enfoncer des portes ouvertes que de parler de l’impact de notre histoire d’enfance sur notre vie d’adulte. Mais là, en lisant ce livre, je ne pouvais m’empêcher d’y penser et j’avais beaucoup de tendresse pour ce petit garçon pris au piège de cette vie chaotique. Et je comprends pourquoi il a eu besoin de raconter cette histoire familiale jusqu’au bout. L’écriture est pour lui un acte de résilience, en déversant les mots il évacue, justement, ce « chagrin » qui a donné son nom à ce livre. Ce roman pousse à réfléchir aussi à sa propre histoire pour comprendre ce qui influence aujourd’hui nos choix de vie et nos relations aux autres.

Pour clore mon billet, je partage avec vous mon gros coup de coeur musical du jour. Autour de Lucie. J’ai écouté tous les albums. J’avoue avoir beaucoup accroché sur « Vu par » sorti en 2001 et qui est une reprise électro de des chansons de l’album « Faux mouvement ». J’ai eu envie de vous en faire écouter deux. L’une parce que j’adore le remix électro. L’autre parce qu’elle me touche beaucoup. Bonne écoute…

Lent (Isolee Remix)

Sans moi

Cette entrée a été publiée dans : Coups de coeur

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

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