Coups de coeur
2 commentaires

La patience des buffles sous la pluie

Depuis quelques temps déjà, ce livre était posé dans un coin. La personne qui me l’a prêté m’en avait dit beaucoup de bien. Les quelques mots que j’avais attrapés deci-delà m’avaient plu et touchée. Il fallait que je me décide à l’ouvrir. Hier je me suis décidée. La raison m’a empêchée de le terminer dans la nuit tellement une histoire en amène une autre. On se dit « il faut que je dorme » mais le titre de la suivante nous entraîne. Et on les enchaîne, encore et encore…

Ce livre est un recueil d’histoires écrites à la première personne du singulier. Mais ça n’est pas toujours la même personne qui nous parle. Parfois c’est un homme, parfois une femme. Ces courtes nouvelles sont comme des instantanés de notre quotidien.

David Thomas nous parle de nos vies, de nos amours naissants ou perdus, de nos désillusions, de lâcheté, de tendresse, de sexualité, de la difficulté à vivre ensemble. Les mots sont simples, les phrases courtes. Alors on se reconnaît dans certaines histoires. Notre cœur est touché, quelques larmes naissent sans vraiment couler. Une belle émotion naît de ces mots qui savent parler de nous.

On ne peut parler de chaque texte dans le détail car ce livre est un tout. Par moment léger il fait sourire (« Slip » ou « Sudoku » m’ont vraiment amusée) pour très vite revenir à quelque chose de plus sombre et plus profond. On passe du rire aux larmes. Parfois on se reconnaît, parfois ça donne seulement à réfléchir sur le sens de la vie.

Pour vous convaincre de lire ce tout petit recueil (150 pages seulement) je mets ici quelques extraits.

La patience des buffles sous la pluie. (…) Je sais qu’elle m’a aimé mais qu’elle ne m’aimera jamais plus. Je n’en souffre pas. J’accepte son absence comme quelque chose d’irrémédiable. Je n’attends rien, je ne souhaite que de me retrouver seul sans son image floue. Je trouve cela long, si long qu’il m’arrive d’en désespérer. Alors, parfois, pour me rassurer et parce que je refuse de me battre inutilement contre ce qui me dépasse, je songe à ces buffles dans ces plaines africaines qui, lorsque l’orage s’abat sur la savane, se maintiennent solidement sur leurs quatre pattes, baissent la tête et attendent, immobiles, que cesse la pluie.

Douleur. Vous n’avez jamais pu la nommer et pourtant, vous vous êtes fait à sa présence. C’est à elle que vous devez vos insomnies et vous avez fini par accepter cette difficulté à dormir paisiblement, comme on s’arrange avec les défauts de la femme que l’on aime. Si votre moral vous échappe, vous ne cherchez plus à savoir pourquoi, vous savez que votre abattement se dissipera. Sans avoir à lutter, vous sentez que tôt ou tard, votre énergie et votre courage parviendront à avoir le dessus. Vous êtes solide. On dit de vous que vous êtes fort, que vous avez une capacité à encaisser exceptionnelle. Vous accrochez votre sourire. Vous ne vous plaignez jamais. Vous gardez vos faiblesses pour vous. Oui, oui, vous allez bien. Toujours bien. Vous savez que seuls les plus combatifs se réalisent pleinement, que le bonheur se construit, lentement, et vous êtes convaincu de l’édifier. D’être sur la bonne voie. Vous êtes sûr de vous, vous ne doutez pas de vos plans. C’est une question de temps. Vous connaissez mieux que quiconque le sens de la patience. Vous ne craignez pas votre douleur parce que vous n’avez pas conscience de sa puissance.

Envie. (…) Je ne connais rien de plus vivant que l’envie, on dira ce qu’on voudra, mais il n’y a rien de plus vivant que quand on a le désir qui frétille, que quand on désire à trépigner sur place, que quand on n’en peut plus de se palper les corps, ou même que quand on n’en peut juste plus d’être avec quelqu’un, qu’on attendait ça depuis longtemps, et que ce moment-là, rien au monde ne pourra l’abîmer. Alors les sentiments, le feeling, d’accord, m’enfin, c’est quand même en dessous, les trucs en commun, les esprits qui se rencontrent, les signaux lumineux, tout ça, oui, ça compte, d’accord, je ne dis pas, mais s’il n’y a pas l’envie au-dessus de ça, c’est mou, c’est fade. (…)

Passé inachevé. Comme tout le monde, je vis avec un passé inachevé. C’est ce passé inachevé qui m’empêche de vivre dans une totale tranquillité. J’essaye de vivre du mieux que je peux entre les gouttes acides de la mélancolie ou du ressentiment, et celles, plus douces, de la quiétude. C’est ce passé inachevé qui fait de mon avenir une chose floue et incertaine dans laquelle je ne projette rien. (…)

Bruits. (…) Une femme pour moi, c’est des sons. Je me souviens d’une qui faisait toujours claquer ses ongles en joignant son pouce et son annulaire. Une autre, c’était les légères succions de sa langue quand elle dormait, une autre c’était ses gargouillis, quand elle avait faim, elle était pire qu’un lavabo. Elle, ce qui la caractérise le plus, c’est le bruit de son sourire, elle salive tellement que quand elle sourit, sa bouche fait le bruit de bulles qui éclatent. J’aime bien ce bruit. Quand elle n’est pas là, je me le mets en boucle, ce bruit.

Voilà, j’espère que vous aurez envie d’aller dans votre librairie préférée pour acheter ce livre et le lire, tranquillement au creux de votre lit. Si vous le faites, j’aimerais beaucoup que vous mettiez ici ou sur Facebook quelques mots pour me dire ce que vous en avez pensé…

Je suis en train d’écrire un autre billet. Sur le nouvel album de Vanessa Paradis. Le hasard de la vie fait que je l’ai découvert en même temps que ce livre et je trouve qu’ils vont vraiment bien ensemble. Ils nous parlent tous deux d’amour avec beaucoup de tendresse. Mais j’y reviendrai plus longuement dans mon billet musical.

Pour vous quitter j’ai choisi Théodore, Paul & Gabriel et leur nouveau clip « Slow sunday ». Parce que ça fait longtemps que je les aime.

Cette entrée a été publiée dans : Coups de coeur

par

Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

2 commentaires

  1. Pingback: Les « love songs  de Vanessa Paradis | «Les petits billets de Miss Acacia

  2. Pingback: Mon année 2013 : des films, du streetart, de la musique… | Les petits billets de Miss Acacia

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s