Coups de coeur
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« Le coeur cousu »

En cette fin de dimanche pluvieux et triste, je voudrais apporter un peu de magie en vous parlant d’un livre merveilleux, plein de poésie, « Le coeur cousu » de Carole Martinez.

Encore un immense coup de coeur, un livre dont je vous conseille vivement la lecture.

C’est un roman à la fois rempli d’humour, de poésie et de sensualité qui se situe un peu entre le conte et le roman initiatique.

Il parle d’une mère et de ses enfants, des filles, de la transmission de secrets, de prières, de croyances et de superstitions, d’une boite magique mystérieuse, d’amour et de douleurs, de beauté, de peurs, de la passion du jeu, d’une fratrie extraordinaire.

Carole Martinez nous relate l’histoire de Frasquita, une couturière à moitié magicienne ou à moitié sorcière, c’est comme on veut, capable de donner vie aux pièces de tissu ou de chair qu’elle recoud.

Dans un tout petit village perdu au-delà d’une sierra espagnole aride et rocailleuse, une jeune fille, Frasquita, se voit confier par sa mère un coffret et des prières secrètes, chuchotées par des ombres au fond du cimetière un soir de printemps. Dans ce coffret dort son don, elle doit avoir la patience d’attendre qu’il se développe avant d’ouvrir cette boîte et d’hériter de ce qu’elle contient.

Frasquita a su attendre, et a trouvé dans le mystérieux coffret un nécessaire à couture, des aiguilles et des fils multicolores. Avec ces précieux présents, la jeune fille donne vie à de véritables merveilles, un éventail aux couleurs d’un papillon magnifique, un cœur caché pour la statue de la Vierge, et surtout, une robe de mariée qui contiendra toutes les beautés de cette terre si hostile. Mais le regard des hommes ne voit pas toujours la beauté d’un bon œil, et Frasquita, mariée et mère de famille, doit faire face aux regards accusateurs et aux murmures qui la taxent de sorcellerie. Et quand son mari, obsédé par un coq de combat rouge comme le sang, la joue et la perd, elle n’a d’autres choix que de fuir le village, avec pour tous biens ses enfants et le coffret, de fuir dans un voyage halluciné, parcourant l’Espagne qui s’enflamme sous les paroles des révolutionnaires, poursuivie par le sort, par son don, par les voix de ses mères qui murmurent le soir dans les ombres.

C’est sa dernière fille, Soledad, qui nous fait le récit de cette vie exceptionnelle, de celle de ses sœurs, et de la sienne, comme un chant d’amour et de haine pour une mère, pour toutes les mères qui sont venues avant elles, courbées sous le poids de leurs fardeaux et de leurs secrets.

Dans ce roman, les femmes se transmettent d’incroyables dons, parfois terrifiants, au travers d’une boîte mystérieuse accompagnée de prières ancestrales, et qu’elles ne doivent pas ouvrir avant neuf mois après qu’on la leur ait remise, sous peine de voir s’évanouir le sortilège… Les pouvoirs magiques sont différents pour chacune. Pour la mère, Frasquita, ce sera la couture et la broderie, qui transfigure la beauté des femmes et raccomode les fêlures des hommes. Anita sera une conteuse hors pair, Angela une chanteuse à la voix d’oiseau blessé, Martirio une drôle d’entremetteuse avec le monde des morts, Soledad enfin une écrivaine, pour laisser sur le papier la trace de ces destinées, à la fois lumineuses et funestes, et briser le cercle du sortilège…

L’écriture est à l’image de cette histoire. De la poésie pure, fine, faite d’amour, de chair, de sang, de souffrance, de larmes mais aussi de rêve. Elle nous emporte dès les premiers mots. Ce livre est magique…

En voici deux extraits. Les mots de Carole Martinez parleront bien mieux que moi…

Extrait du prologue

 » Mon nom est Soledad.

Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d’enlacer et de grandes mains inutiles.

Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu’il m’est passé dans le sang.

Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir.

Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l’écoulement sableux qui me traverse.

LA TRAVERSÉ

Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert.

À ma naissance, ma mère a lu ma solitude à venir.

Ni donner, ni recevoir, je ne saurais pas, jamais.

C’était inscrit, dans la paume de mes mains, dans mon refus obstiné de respirer, de m’ouvrir à l’air vicié du dehors, dans cette volonté de résister au monde qui cherchait à s’engouffrer par tous mes trous, furetant autour de moi comme un jeune chien.

L’air est entré malgré moi et j’ai hurlé.

Jusque-là, rien n’était parvenu à ralentir la marche de ma mère. Rien n’était venu à bout de son entêtement de femme jouée. Jouée et perdue. Rien, ni la fatigue, ni la mer, ni les sables.

Personne ne nous dira jamais combien de temps aura duré notre traversée, combien de nuits ces enfants qui suivaient leur mère ont dû dormir en marchant !

J’ai poussé sans qu’elle y prît garde, accrochée à ses entrailles, pour ne pas partir avec toute cette eau qu’elle perdait sur les chemins. J’ai lutté pour être du voyage et ne pas l’interrompre. « 

Extrait

 » Ecoutez, mes soeurs ! Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Ecoutez… le bruit des mères ! Des choses sacrées se murmurent dans l’ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d’épices, magie et recettes se côtoient. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le coeur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes ! « 

Mon choix musical aura aujourd’hui la sonorité de cette journée d’automne… Et poursuit la magie… Cette fois, celle de ces magnifiques voix de femmes…

Jill Scott, « Cross my mind »

Corinne Bailey Rae, « Like A Star »

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Je suis une passionnée d'art urbain, de musique, d'évasion au cinéma ou dans les livres. J'aime me perdre dans les villes pour les mettre en images. Et surtout, j'adore partager toutes ces passions avec vous !

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